Booking : la Commission européenne ouvre une enquête
sur les arnaques et les annonces

Un appartement qui n’existe pas, un hôtel dont l’identité a été usurpée, un message « Booking » qui réclame un paiement supplémentaire avant l’arrivée : ces arnaques, voyageurs et hôteliers les connaissent bien. Bruxelles demande désormais des comptes à la plateforme. Ce que la Commission examine, ce qu’elle peut imposer, et ce que doit vérifier dès aujourd’hui un hôtelier, un loueur ou une entreprise qui réserve en ligne.
Sur quoi porte l’enquête de la Commission européenne ?
Sur trois points précis, liés aux obligations du DSA.
Les annonces frauduleuses et non conformes. Hébergements qui n’existent pas, descriptions trompeuses, usurpation de l’identité d’établissements légitimes : la Commission examine si Booking repère et retire efficacement ces contenus.
L’hameçonnage exploitant les données de réservation. Des escrocs utilisent des informations de réservation et de voyageurs, parfois via la messagerie de la plateforme, pour réclamer des paiements ou des données bancaires. La Commission s’intéresse à la manière dont Booking protège ces données et ses utilisateurs.
Les annonces boostées. Certains établissements paient pour améliorer leur classement dans les résultats. Le DSA impose que ce type de mise en avant soit clairement identifiable comme publicité. La Commission vérifie si c’est le cas.
Pour la Commission, le soupçon est que l’entreprise sous-estime l’impact de la fraude et des hébergements non autorisés dans son évaluation des risques.
Pourquoi la Commission a-t-elle ouvert cette procédure ?
Après plusieurs années d’examen des rapports de Booking.
Booking.com a été désignée très grande plateforme en ligne le 25 avril 2023. Ce statut, réservé aux services les plus utilisés dans l’Union, impose des obligations renforcées : évaluer chaque année les risques systémiques liés au service, prendre des mesures pour les réduire, et rendre compte de ses actions.
Selon la Commission, la décision fait suite à une enquête préliminaire. Celle-ci a porté sur les rapports d’évaluation des risques remis par Booking en 2026 et les trois années précédentes, sur ses rapports de transparence, et sur ses réponses à deux demandes formelles d’informations, envoyées en septembre 2025 et en mai 2026.
La Commission travaille en lien avec l’autorité néerlandaise des consommateurs et des marchés, Booking.com étant basée aux Pays-Bas. Les témoignages de voyageurs et d’hôteliers victimes d’arnaques se sont multipliés ces dernières années.
Que peut-il se passer ensuite ?
Une enquête approfondie, sans calendrier annoncé.
La Commission va poursuivre ses investigations : nouvelles demandes d’informations, entretiens, voire inspections. Elle peut aussi adopter des mesures provisoires si elle l’estime nécessaire.
Plusieurs issues sont possibles. Booking peut proposer des engagements pour corriger les points soulevés, que la Commission peut accepter. Si des manquements sont établis, la Commission peut adopter une décision de non-conformité, assortie d’une amende pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise.
La Commission le rappelle elle-même : l’ouverture d’une procédure formelle ne préjuge pas de son résultat. Aucune date de conclusion n’a été annoncée.
C’est la première procédure formelle ouverte contre Booking.com au titre du DSA. D’autres grandes plateformes, comme TikTok, font déjà l’objet d’enquêtes similaires.
Que répond Booking.com ?
La plateforme dit coopérer pleinement.
Booking.com assure qu’elle coopérera pleinement avec la Commission européenne. L’entreprise affirme que la sécurité, la confiance et la protection des données personnelles sont pour elle des priorités absolues.
Ces déclarations expriment la position de la plateforme. Elles ne constituent pas une conclusion de l’enquête, qui portera justement sur l’efficacité réelle des mesures mises en place.
Pour les professionnels comme pour les voyageurs, l’enquête ne change rien dans l’immédiat : les mêmes risques existent aujourd’hui, et la vigilance reste de mise.
Que doit vérifier un hôtelier ou un loueur ?
Ses propres annonces, et les messages que reçoivent ses clients.
Votre fiche. Vérifiez régulièrement que les informations, les photos et les coordonnées affichées sont exactes. Une modification que vous n’avez pas faite doit alerter.
Les usurpations. Tapez le nom de votre établissement sur la plateforme : une seconde annonce à votre nom, avec d’autres coordonnées ou des prix anormalement bas, peut être une copie frauduleuse. Signalez-la immédiatement.
Les accès. Protégez l’accès à votre extranet : mot de passe unique, double authentification, comptes nominatifs, accès retirés aux anciens salariés. Plusieurs campagnes d’hameçonnage visent directement les hôteliers pour prendre le contrôle de leur compte.
Vos équipes. Formez-les à reconnaître un faux message de la plateforme, surtout lorsqu’il presse d’agir ou demande de cliquer sur un lien.
Vos clients. Prévenez-les, dans vos confirmations, que vous ne demanderez jamais de paiement par un lien envoyé dans la messagerie ou par SMS. C’est une protection simple, et un signal de sérieux.
Quels réflexes pour les voyageurs et les entreprises qui réservent ?
Payer uniquement dans le circuit officiel, et se méfier de l’urgence.
Le paiement. Un message qui demande de régler à nouveau, de « confirmer sa carte » ou de payer par un lien externe sous peine d’annulation est un signal d’alerte, même s’il arrive dans la messagerie de la plateforme.
La vérification. En cas de doute, contactez directement l’établissement par son numéro officiel, trouvé indépendamment du message reçu, ou passez par le service client de la plateforme.
Les prix trop bas. Une annonce très en dessous du marché, avec peu d’avis ou des avis récents et génériques, mérite une vérification avant de réserver.
Les réservations professionnelles. Pour une entreprise qui organise des déplacements, centraliser les réservations, utiliser une carte dédiée et former les assistants à ces arnaques réduit nettement le risque.
Si vous avez été victime d’une fraude bancaire, signalez-la rapidement à votre banque : pour une opération non autorisée, elle doit en principe vous rembourser rapidement, puis peut contester ensuite.
Questions fréquentes
Booking a-t-il été sanctionné ?
Non. Une procédure formelle a été ouverte le 21 octobre 2026. Aucune infraction n’est établie et aucune amende n’est prononcée.
Sur quoi porte l’enquête ?
Les fausses annonces et usurpations, l’hameçonnage exploitant les données de réservation, et l’identification des annonces boostées comme publicités.
Quelle amende Booking risque-t-il ?
Jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel mondial, uniquement si un manquement au DSA est constaté au terme de l’enquête.
Combien de temps durera l’enquête ?
Aucune date n’est annoncée. Booking peut aussi proposer des engagements pour corriger les points soulevés.
Que peut faire un hôtelier ?
Vérifier sa fiche, signaler les doublons frauduleux, sécuriser l’accès à son extranet et prévenir ses clients de ses procédures de paiement.
Booking coopère-t-il ?
Oui, selon ses déclarations. La plateforme affirme que la sécurité et la protection des données sont des priorités absolues.
- Commission européenne, représentation en France — DSA : la Commission enquête sur Booking.com, 21 octobre 2026.
- Euronews — EU probes whether Booking.com is doing enough to tackle fake listings and phishing scams, 21 octobre 2026.
- Boursorama — Booking.com visé par une enquête de Bruxelles, 21 octobre 2026.
- 01net — Arnaques sur Booking : l’Europe ouvre une enquête, 22 octobre 2026.
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