Remplacer Google Search : les 5 moteurs de recherche européens
et ce qu’ils valent réellement en 2026.
Deux points de la version de mai 2026 sont corrigés ici. Qwant n’est pas « audité par la CNIL » : la Commission lui a adressé un rappel aux obligations légales en février 2025. Et la répartition des bénéfices d’Ecosia est chiffrée à 100 % par l’entreprise elle-même, pas à 80 %.
Où en est Google en Europe
Le titre d’origine annonçait la fin de Google Search. Les mesures disponibles disent autre chose : selon StatCounter, Google conservait 88,17 % du marché européen de la recherche en janvier 2026, et 88,33 % en mai. En France, la part se situe autour de 87 %. L’érosion est réelle, elle se compte en fractions de point par an, pas en bascule d’usage.
Ce qui bouge se joue ailleurs : sur ordinateur, la part mondiale de Google est descendue autour de 79 %, son plus bas niveau depuis vingt ans.
La pression réglementaire s’est en revanche nettement durcie. Le 2 juillet 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a confirmé l’amende de 4,125 milliards d’euros dans l’affaire Android. Le 23 juillet, la Commission européenne a prononcé deux décisions de non-conformité au règlement sur les marchés numériques : 460 millions d’euros pour l’auto-préférence des services maison dans les résultats, 430 millions pour les restrictions imposées aux développeurs sur Google Play. Cette série s’ajoute aux sanctions européennes déjà infligées à Google au titre du DMA.
La conséquence est tombée le 8 septembre 2026 : pour se conformer dans le délai de soixante jours, Google supprime en Europe les modules enrichis affichant prix et disponibilités en temps réel pour les hôtels, les vols et la restauration, une mise en conformité qu’il qualifie de plus forte dégradation de service en vingt-neuf ans d’existence. Dans ces trois secteurs, la visibilité repart vers les résultats classiques.
La question de l’index
Un moteur repose sur deux briques : un index, copie structurée du web parcourue par un robot d’exploration, et un algorithme qui ordonne ce que l’index contient. La quasi-totalité des services présentés comme des alternatives ne détiennent ni l’un ni l’autre. Ils interrogent l’index de Bing ou de Google et rhabillent les résultats d’une couche de confidentialité.
Cette dépendance a un coût. En 2024, Microsoft a fortement relevé les tarifs de l’API Bing, ce qui a fragilisé d’un coup tous les moteurs qui s’y adossaient. Qwant et Ecosia ont répondu en fondant à Paris, en novembre 2024, une coentreprise détenue à parts égales : European Search Perspective. Son objet est de construire un index européen et de le rendre accessible à des tiers par une interface nommée Staan, pour Search Trusted API Access Network.
Le calendrier est vérifiable. L’index français est entré en production en août 2025 et alimente depuis une partie des résultats de Qwant et d’Ecosia. L’index allemand a suivi en 2026, avec une volumétrie annoncée de l’ordre du milliard de pages et un algorithme de classement développé en interne. En mars 2026, la coentreprise a demandé aux vingt-sept chefs de gouvernement européens que ces index soient traités comme une infrastructure publique. Trois moteurs seulement consomment Staan à ce jour : Qwant, Ecosia et Lilo.
L’ordre de grandeur mérite d’être posé : un milliard de pages par langue, face à un index Google estimé à plusieurs centaines de milliards. L’écart se voit sur les recherches longues, techniques ou très locales.
Qwant, France
Lancé en 2013, Qwant est le moteur français de référence. Depuis juillet 2023, il appartient à Synfonium, holding détenue à 75 % par Octave et Miroslaw Klaba, cofondateurs d’OVHcloud, et à 25 % par la Caisse des dépôts. Le groupe a racheté le métamoteur solidaire Lilo en mai 2025. L’adossement à un hébergeur européen conditionne la localisation des serveurs et le droit applicable.
Sur le fond technique, Qwant a cessé de dépendre uniquement de Bing. Depuis août 2025, une part croissante de ses résultats francophones provient de l’index européen construit avec Ecosia. Le moteur ne conserve pas d’historique de recherche, ne construit pas de profil publicitaire et affiche une publicité contextuelle, calée sur la requête du moment et non sur un comportement accumulé.
Un point doit être rectifié, car il circule largement. Qwant n’a pas été « audité » ni certifié par la CNIL. En février 2025, la Commission lui a au contraire adressé un rappel aux obligations légales, à l’issue de contrôles menés dès 2019 : les données transmises à Microsoft, présentées comme anonymes, ont été qualifiées de pseudonymes, donc de données personnelles. La CNIL a relevé dans le même document qu’elles étaient essentiellement techniques, sans profilage publicitaire. Ce n’est pas une sanction. Ce n’est pas un label non plus.
Ecosia, Allemagne
Créé en 2009 à Berlin, Ecosia revendique plus de vingt millions d’utilisateurs actifs, principalement en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Son fondateur Christian Kroll a rendu la structure irréversible en 2018 : les parts ne peuvent plus être vendues, les bénéfices ne peuvent plus être distribués.
L’entreprise consacre 100 % de ses bénéfices à l’action climatique, dont la plus grande part à la plantation d’arbres. Le compteur dépasse 200 millions d’arbres selon ses propres publications, dans plus de trente-cinq pays et avec une soixantaine de partenaires locaux. La chiffre de 80 % qui circule correspond à la seule part fléchée vers la reforestation, pas au total réinvesti. Les rapports financiers mensuels publiés par l’entreprise permettent de suivre la répartition, ce qui reste rare dans ce secteur.
Cette promesse écologique demande une lecture honnête. Une requête de recherche consomme peu ; l’empreinte du numérique se concentre ailleurs, en particulier dans les centres de données, un sujet détaillé dans notre analyse de la consommation d’eau des data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Ecosia ne compense pas des émissions : les arbres financés servent à restaurer des écosystèmes, ce qui n’est pas la même opération comptable et se défend mieux.
Techniquement, Ecosia copossède l’index européen et l’utilise déjà pour une partie de ses résultats en français et en allemand, le reste venant encore de partenaires externes. Ses serveurs tournent à l’électricité renouvelable, avec ses propres installations solaires.
Startpage, Pays-Bas
Startpage occupe une position singulière : il ne construit aucun index et n’en fait pas mystère. Le service interroge Google à votre place, après avoir retiré tout ce qui permettrait de vous identifier. Vous obtenez la couverture de Google sans que Google sache qui interroge. Fondé en 2006 à La Haye, il fut le premier moteur à recevoir le European Privacy Seal.
Sa fonction la plus utile s’appelle Anonymous View : elle ouvre n’importe quel résultat à travers un relais, de sorte que le site visité ne voit ni votre adresse IP ni votre navigateur réel. C’est la parade la plus directe contre les techniques de recoupement publicitaire décrites dans notre article sur les modèles capables de reconstituer un profil à partir des publicités affichées. Startpage n’ajoute par ailleurs aucune réponse générée au-dessus des résultats.
Le point de vigilance est capitalistique. Depuis 2019, une participation majoritaire est détenue via Privacy One Group, filiale de System1, société américaine de technologies publicitaires. Startpage répond que la direction, le siège et les opérations restent néerlandais, que le RGPD s’applique quelle que soit la nationalité de l’investisseur et que les fondateurs gardent un droit de veto sur toute évolution technique dégradant la confidentialité. Aucun incident n’a été documenté depuis. Cette protection repose néanmoins sur une politique interne, pas sur un modèle économique rendant le pistage impossible.
Signal récent en sa faveur : depuis Firefox 154, publié le 18 août 2026, Startpage figure parmi les moteurs proposés nativement par Mozilla en Allemagne, en France, en Autriche, en Suisse et aux Pays-Bas, les versions mobiles devant suivre. Mozilla a justifié ce choix par un volume déjà supérieur au milliard de recherches annuelles réalisées par contournement manuel.
Swisscows, Suisse
Lancé en 2014 par Hulbee AG, société établie à Egnach en Thurgovie, Swisscows héberge l’intégralité de son infrastructure en Suisse. Le pays reste hors de l’Union européenne mais applique une législation sur la protection des données parmi les plus strictes du continent ; l’entreprise met en avant un hébergement souterrain sécurisé dans les Alpes.
Sa particularité tient à sa ligne éditoriale, rare parmi les moteurs généralistes : les contenus pornographiques et violents ne sont ni indexés ni affichés, sans réglage à activer. Pour un poste familial, un établissement scolaire ou un ordinateur en libre accès, cette caractéristique règle un problème concret que les filtres logiciels traitent mal. Le moteur ne stocke ni adresse IP, ni historique, ni identifiant persistant.
Sur l’origine des résultats, une correction s’impose par rapport aux descriptions couramment reprises. Swisscows exploite bien une technologie sémantique maison et un index propre, mais il complète ses réponses par des données externes : Bing d’abord, puis Brave Search, mentionné dans sa documentation depuis 2025. L’indépendance est donc partielle. La version gratuite affiche des annonces servies par un partenaire tiers ; l’abonnement Swisscows Pro supprime la publicité et permet de masquer certaines sources dans les résultats.
Le catalogue s’est élargi à une messagerie chiffrée, un réseau privé virtuel et un stockage en ligne, dans la logique d’écosystème décrite dans notre comparatif des messageries européennes sécurisées.
Mojeek, Royaume-Uni
Mojeek est le seul de cette sélection à ne dépendre d’aucun tiers. Créé en 2004 par Marc Smith à l’incubateur de l’université du Sussex, lancé publiquement en 2006 et installé à Brighton, il explore le web avec son propre robot, MojeekBot, et classe les résultats avec un algorithme maison. Aucun rachat, aucun investisseur issu des grandes plateformes.
Son index a franchi le milliard de pages en 2015, quatre milliards en 2021, six milliards en 2022, huit milliards en 2024 et neuf milliards en 2025. Aucun chiffre plus récent n’a été publié, ce qui invite à se méfier des volumétries citées sans millésime. Neuf milliards de pages construites seule par une petite structure constituent une performance rare ; cela reste une à deux ordres de grandeur en dessous de Google.
L’effet est facile à décrire. Sur une requête courante, Mojeek répond. Sur une recherche de niche, un service très récent ou une page peu liée, il passe parfois à côté. En contrepartie, il fait remonter des pages que la personnalisation des grands moteurs enterre, ce qui en fait un bon instrument de veille.
Un signal mérite d’être noté par les responsables de sites : le nom apparaît de plus en plus souvent dans les rapports de trafic de référence. La diversification des sources de visites est une tendance mesurable de 2026, au même titre que la multiplication des procédures européennes visant les grandes plateformes, dont la sanction infligée à Temu par l’Union européenne.
Ce qui les sépare vraiment
Les cinq moteurs affichent des engagements de confidentialité proches. Les distinguer suppose donc de regarder ce qui, en cas de conflit commercial ou de changement d’actionnaire, tiendrait encore.
- Qwant, France, propriété de Synfonium avec la Caisse des dépôts au capital : copropriétaire de l’index européen, résultats francophones partiellement servis par cet index depuis août 2025.
- Ecosia, Allemagne, structure à but non lucratif verrouillée juridiquement : copropriétaire du même index, 100 % des bénéfices dédiés à l’action climatique, rapports financiers publics.
- Startpage, Pays-Bas, participation majoritaire de System1 : aucun index propre, couverture Google intégrale, anonymisation par relais, intégré nativement à Firefox depuis août 2026.
- Swisscows, Suisse, société Hulbee AG : index propre complété par Bing et Brave, filtrage familial systématique, hébergement exclusivement suisse, abonnement sans publicité.
- Mojeek, Royaume-Uni, société indépendante : index intégralement autonome de neuf milliards de pages, aucun lien avec Google ni Bing, couverture plus étroite sur les requêtes rares.
Trois profils. Souveraineté et infrastructure européenne : Qwant ou Ecosia. Qualité de résultats sans concession : Startpage. Indépendance technique totale : Mojeek. Swisscows répond à une autre question, celle du contenu affiché.
Basculer sans se compliquer la vie
Le changement prend moins d’une minute et se révoque aussi vite. La bonne méthode consiste à ne pas tout basculer d’un coup.
- Sur Chrome, Edge, Firefox, Safari ou Brave : Paramètres, puis Moteur de recherche, puis sélection du moteur souhaité pour la barre d’adresse.
- Répliquer le réglage sur le téléphone, où se joue désormais la majorité des recherches, sans quoi l’habitude ne s’installe pas.
- Tester une semaine avec ses vraies requêtes de travail avant de trancher, plutôt que sur trois recherches de démonstration.
- Sur un poste partagé ou familial, Swisscows règle le sujet du filtrage sans logiciel supplémentaire à installer.
Rien n’oblige à choisir un seul moteur. Beaucoup gardent Startpage pour le local, Mojeek pour la veille, Qwant ou Ecosia pour le reste. Les cinq sont gratuits.
Ce que cela change pour un site d’entreprise
Une question revient dès qu’un dirigeant lit ce type de comparatif : faut-il désormais optimiser pour cinq moteurs. La réponse est non, et elle tient à la façon dont ces index sont construits.
Les moteurs indépendants explorent le web en suivant des liens, sans les moyens de calcul de Google. Ils privilégient donc les signaux les plus économes : structure de pages lisible, titres explicites, balisage propre, maillage interne cohérent, liens entrants réels, sitemap à jour, robots.txt qui n’interdit pas leurs robots par mégarde. Ce sont les fondations d’un référencement solide sur Google. Un site bien construit est visible partout ; un site bâti sur des artifices ne l’est que sur le moteur pour lequel il a été bricolé.
Le vrai changement de 2026 est ailleurs. La mise en conformité de Google au règlement européen retire des blocs enrichis qui captaient le clic avant les résultats classiques, dans l’hôtellerie, le transport et la restauration : les positions organiques y regagnent de la valeur. Parallèlement, les interfaces conversationnelles citent leurs sources, et les contenus datés, signés, appuyés sur des références vérifiables remontent mieux dans ces réponses.
Un dernier point, souvent négligé : beaucoup de configurations héritées n’autorisent que Googlebot et Bingbot dans le fichier robots.txt. Un site devient alors invisible pour les moteurs indépendants sans que personne s’en aperçoive.
Ce qu’on nous demande le plus souvent.
Google Search est-il vraiment terminé en Europe ?
Non. Google conservait environ 88 % du marché européen de la recherche en 2026 selon StatCounter, et près de 87 % en France. L’érosion se compte en fractions de point par an. Ce qui a changé, c’est qu’une infrastructure de recherche européenne existe désormais et rend la bascule techniquement possible.
Ces moteurs sont-ils aussi bons que Google ?
Pour les recherches quotidiennes, oui dans la plupart des cas. L’écart se voit sur les requêtes très pointues, très locales ou portant sur des services récents. Startpage est le seul à éliminer complètement ce compromis, puisqu’il interroge l’index de Google en anonymisant la demande.
Qwant est-il certifié par la CNIL ?
Non, et cette affirmation circule à tort. En février 2025, la CNIL a adressé à Qwant un rappel aux obligations légales : les données transmises à Microsoft étaient pseudonymes, donc personnelles. La Commission a relevé qu’elles étaient techniques, sans profilage publicitaire. Ce n’est ni une sanction ni un label.
Lesquels possèdent leur propre index ?
Mojeek est entièrement autonome, avec neuf milliards de pages en 2025. Qwant et Ecosia copossèdent l’index européen, opérationnel en français depuis août 2025 et en allemand depuis 2026, encore complété par des sources externes. Swisscows combine un index maison avec Bing et Brave. Startpage n’en a aucun.
Faut-il payer pour les utiliser ?
Non, les cinq sont gratuits et financés par une publicité contextuelle liée à la requête saisie, pas à un profil accumulé. Swisscows propose en complément un abonnement Pro qui supprime les annonces et permet de masquer certaines sources dans les résultats.
La propriété américaine de Startpage pose-t-elle problème ?
Elle mérite d’être connue. Depuis 2019, une participation majoritaire est détenue par une filiale de System1, société publicitaire américaine. Le siège et les opérations restent néerlandais, le RGPD s’applique, aucun incident n’a été documenté depuis. La protection repose toutefois sur une politique interne, pas sur le modèle économique.
Comment changer de moteur par défaut ?
Dans Chrome, Edge, Firefox, Safari ou Brave : Paramètres, puis Moteur de recherche, puis sélection. Depuis Firefox 154, publié en août 2026, Startpage figure directement dans la liste proposée en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse et aux Pays-Bas. Pensez à répliquer le réglage sur mobile.
Faut-il optimiser un site pour ces moteurs ?
Pas de manière spécifique. Ils privilégient les signaux classiques : structure lisible, titres explicites, maillage interne cohérent, liens entrants réels, sitemap à jour. Vérifiez surtout que votre robots.txt n’autorise pas uniquement Googlebot et Bingbot, sinon les moteurs indépendants ne verront jamais vos pages.
- StatCounter Global Stats, parts de marché des moteurs de recherche en Europe et en France, relevés janvier et mai 2026.
- Commission européenne, décisions de non-conformité au règlement sur les marchés numériques visant Alphabet, 23 juillet 2026 (460 et 430 millions d’euros).
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt du 2 juillet 2026, affaire C-738/22 P.
- European Search Perspective, présentation de l’index européen et de l’interface Staan ; lancement de l’index français en août 2025 et de l’index allemand en 2026.
- CNIL, rappel aux obligations légales adressé à la société Qwant, publié en février 2025.
- Ecosia, rapports financiers mensuels et pages institutionnelles relatives au réinvestissement des bénéfices et au nombre d’arbres plantés.
- Mozilla, annonce d’intégration de Startpage dans Firefox 154, 18 août 2026.
- Mojeek et Swisscows, documentation publique sur l’index et l’origine des résultats.
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