Vinted et Leboncoin : des annonces de produits volés
après les manifestations du 17 octobre 2026

Quelques heures à peine après les pillages, des captures d’écran d’annonces circulaient déjà sur les réseaux sociaux : maquillage, vêtements, produits neufs vendus à bas prix. Certaines ne cherchaient même pas à cacher leur origine. L’affaire pose des questions aux plateformes de seconde main, mais aussi à chaque acheteur et à chaque commerçant. Comment reconnaître une annonce douteuse ? Que risque-t-on en achetant ? Et que faire quand on retrouve sa propre marchandise en vente en ligne ?
Qu’a-t-on observé sur les plateformes ?
Des annonces qui revendiquent le vol, et d’autres simplement suspectes.
Dès le soir du 17 octobre, des internautes ont repéré sur Vinted et Leboncoin des annonces proposant des produits présentés comme issus des pillages, souvent neufs et vendus à bas prix. Certaines annonces ne laissaient aucun doute, avec des intitulés comme « maquillage du 17 octobre pas cher » ou « pull volé pendant la manif ».
Toutes les annonces partagées en ligne n’ont pas été confirmées, et certaines étaient seulement suspectes. La distinction compte. Une annonce explicite se signale immédiatement ; une annonce suspecte appelle la prudence, sans pour autant prouver un vol.
Le phénomène ne s’est pas limité à Vinted et Leboncoin. Des annonces ont aussi été repérées sur Amazon, eBay, les places de marché de Facebook et TikTok, et des échanges ont été déplacés vers des messageries privées comme Snapchat, plus difficiles à modérer. Aucun chiffre précis sur le nombre d’annonces concernées n’a été publié.
Que disent Vinted, Leboncoin et eBay ?
Toutes trois affirment retirer les annonces et coopérer avec les autorités.
Vinted dit avoir agi immédiatement pour identifier et supprimer les annonces susceptibles de concerner des biens volés, au nom d’une politique de « tolérance zéro ». Les comptes en cause s’exposent à un bannissement définitif. La plupart des annonces avaient disparu dès le lundi 19 octobre, sans que l’on sache toujours si elles avaient été retirées par la plateforme ou par les vendeurs.
Leboncoin qualifie la lutte contre les activités illicites de « priorité absolue ». La plateforme indique que toutes les annonces passent par des contrôles automatisés avant publication, et que ses modérateurs traitent les signalements conformes en 48 heures au maximum. Elle dit ne pas disposer, à ce stade, de données consolidées montrant une hausse des annonces litigieuses liée aux 17 et 18 octobre.
eBay indique ne pas être en mesure de confirmer une hausse de ce type d’annonces, mais promet un retrait immédiat dès qu’un vol est confirmé par les forces de l’ordre, avec une possible suspension définitive du compte.
Les trois plateformes affirment coopérer avec les autorités. Ce sont leurs déclarations : aucune n’a publié de bilan chiffré des annonces retirées.
Comment le gouvernement a-t-il réagi ?
En convoquant les plateformes et en exigeant le retrait immédiat des annonces.
Le lundi 19 octobre, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a annoncé une réunion avec les plateformes, aux côtés de Serge Papin, ministre chargé des PME et du Commerce, et de représentants des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Une seconde réunion a été annoncée avec les grands réseaux sociaux.
Le gouvernement demande que les annonces soient retirées sans délai et que les plateformes travaillent étroitement avec les services de l’État, afin que les revendeurs puissent être poursuivis. Ces comportements « ne resteront pas impunis », a affirmé la ministre.
Côté commerce, Serge Papin a prévenu : « Nous ne laisserons pas passer ».
Que risque-t-on en achetant un produit volé ?
Des poursuites pour recel, dès lors qu’on savait, ou qu’on ne pouvait ignorer, l’origine du bien.
Le recel consiste à détenir, transmettre ou acheter un bien en sachant qu’il provient d’un délit. En France, il est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Les peines peuvent aller jusqu’à dix ans et 750 000 euros lorsque le recel est commis de manière habituelle ou en bande organisée.
Une annonce qui indique « volé pendant la manif » ou qui fait référence à la date des pillages rend difficile de prétendre ignorer l’origine du produit. Un prix dérisoire, un antivol encore présent ou un lot de produits neufs identiques sont autant de signaux qu’un juge pourrait prendre en compte. Les ignorer ne protège pas.
Pour une entreprise, le risque se double d’un enjeu de réputation. Un salarié qui achète des produits douteux « pour le bureau » ou pour les revendre, avec les moyens de l’entreprise, l’expose directement. Et une enseigne associée à la revente de marchandises pillées voit son image durablement atteinte.
Comment repérer une annonce douteuse ?
Par le texte, l’état du produit, le prix et le profil du vendeur.
Le texte. Toute référence à une manifestation, à une date de troubles ou au vol lui-même : on n’achète pas, on signale.
L’état. Un antivol encore attaché, une étiquette de magasin sur un produit présenté comme « neuf », un lot de cosmétiques identiques : on passe son chemin.
Le prix. Une fraction du prix en magasin, sans explication, sur un produit récent, n’est pas une bonne affaire. C’est un signal d’alerte.
Le vendeur. Un compte récent, sans historique, qui publie plusieurs annonces similaires en peu de temps, invite à la plus grande prudence.
Le canal. Un vendeur qui insiste pour poursuivre l’échange sur une messagerie privée, hors de la plateforme, se soustrait à sa modération et prive l’acheteur de ses protections.
Dans tous les cas, les plateformes disposent de boutons de signalement. Les utiliser aide à faire retirer les annonces et à identifier les vendeurs.
Que faire si votre magasin a été pillé ?
Porter plainte, signaler les annonces, conserver les preuves. Sans contacter les vendeurs.
Un commerçant qui reconnaît ses produits en vente en ligne, à leur référence, leur étiquette ou leur lot, peut le signaler à la plateforme et compléter sa plainte avec ces éléments. Les plateformes affirment retirer les annonces signalées ; les enquêteurs ont besoin de ces signalements pour remonter jusqu’aux revendeurs.
Avant qu’une annonce ne disparaisse, une capture d’écran datée, avec l’adresse de la page et le nom du compte vendeur, constitue un élément utile. Il ne faut en revanche pas contacter le vendeur pour tenter de « récupérer » la marchandise : cela peut compromettre l’enquête et exposer à des risques.
Pour une entreprise qui vend elle-même d’occasion, ou qui gère une page de revente, la règle interne est simple : aucun produit dont l’origine n’est pas clairement établie, et aucune annonce qui joue sur l’actualité des troubles. La confiance des clients se construit sur la transparence de l’origine des produits.
Questions fréquentes
Des produits volés ont-ils vraiment été mis en vente ?
Oui. Des annonces revendiquant explicitement le vol ont été repérées sur Vinted, Leboncoin et d’autres plateformes dès le 17 octobre. Beaucoup ont depuis été retirées.
Que font les plateformes ?
Vinted dit appliquer une tolérance zéro et bannir les comptes en cause. Leboncoin et eBay affirment retirer les annonces signalées. Toutes disent coopérer avec les autorités.
Peut-on acheter si l’annonce mentionne le 17 octobre ?
Non. Acheter un bien dont on sait, ou dont on ne peut ignorer, qu’il est volé expose à des poursuites pour recel.
Quelle est la peine encourue pour recel ?
Cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, jusqu’à dix ans et 750 000 euros en cas de recel habituel ou en bande organisée.
Le gouvernement a-t-il réagi ?
Oui. Il a convoqué les plateformes le 19 octobre et exige le retrait immédiat des annonces ainsi qu’une coopération étroite pour poursuivre les revendeurs.
Mon magasin a été pillé : que faire ?
Déposer plainte, signaler les annonces aux plateformes, conserver des captures d’écran datées et ne pas contacter directement les vendeurs.
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