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STREAMING · JUSTICE

Spliiit condamné face aux géants du streaming
ce que le jugement change vraiment.

Le jugement du 29 mai 2026 ne signe pas la disparition de Spliiit. Il impose en revanche une limite très nette : la plateforme ne peut plus faciliter un partage qui contrevient aux conditions d’utilisation de Netflix, Disney ou Apple. La société a fait appel et continue son activité, y compris avec des mécanismes de partage conformes aux offres prévues par certains services. Mise à jour : 9 septembre 2026·12 min de lecture·Publié en juin 2026
Spliiit condamné face à Netflix Disney et Apple

Le chiffre de 785 000 euros a fait les gros titres. Mais il ne raconte qu’une partie du dossier. Le tribunal judiciaire de Paris a surtout fixé une frontière entre le partage d’un abonnement autorisé par le fournisseur et l’organisation commerciale d’un partage qui contourne ses propres règles. Trois mois plus tard, Spliiit existe toujours, a fait appel et adapte son fonctionnement.

Ce que le tribunal a réellement décidé

Le 29 mai 2026, la 3e chambre du tribunal judiciaire de Paris a rendu son jugement dans le litige opposant Spliiit à plusieurs sociétés des groupes Apple, Disney et Netflix. La procédure avait commencé plusieurs années auparavant : les demanderesses reprochaient à la plateforme française d’organiser le partage d’abonnements avec des personnes qui n’appartenaient pas nécessairement au foyer ou à la famille du titulaire, alors que leurs conditions générales limitaient précisément ces usages.

Le tribunal n’a pas déclaré illégal tout partage d’abonnement entre particuliers. Il a retenu que Spliiit, en fournissant un espace de mise en relation et un système de micropaiements, avait facilité des violations des conditions générales des services concernés. Cette nuance est essentielle : la décision vise les modalités du service lorsqu’elles conduisent à contourner les règles contractuelles du fournisseur.

Le jugement interdit donc à Spliiit d’offrir un service facilitant le partage des abonnements Apple, Disney et Netflix dans des conditions impliquant une violation de leurs CGU. Il encadre également l’usage des marques de ces groupes. Il ne prononce pas une interdiction générale de l’activité de Spliiit, ce que le tribunal indique lui-même lorsqu’il refuse d’écarter l’exécution provisoire.

Cette précision change la lecture du dossier. Une formule familiale, un abonnement multi-utilisateur ou une option officielle d’« abonné supplémentaire » peut autoriser certaines formes de partage. Ce qui compte juridiquement n’est donc pas le mot « partage », mais les droits effectivement accordés par le contrat correspondant.

Pour replacer cette affaire dans l’évolution du streaming, les abonnements Netflix en 2026 montrent justement que les plateformes ne suppriment pas toute possibilité de partager : elles cherchent plutôt à la faire entrer dans leurs propres offres et leurs propres règles tarifaires.

785 000 euros, mais pas seulement : comprendre les sommes prononcées

Le montant le plus souvent repris est de 785 000 euros. Il correspond aux provisions accordées à plusieurs entités d’Apple, Disney et Netflix dans l’attente de l’évaluation complète de certains préjudices. Le détail du jugement est plus précis que la formule « 800 000 euros d’amende », qui peut prêter à confusion : il s’agit d’une condamnation civile comprenant notamment des provisions à valoir sur la réparation de préjudices, et non d’une amende pénale de 800 000 euros.

Le tribunal a accordé 25 000 euros à Apple Distribution International, 100 000 euros à The Walt Disney Company (Benelux), 300 000 euros à Netflix Services France et 300 000 euros à Netflix International. À ces 725 000 euros s’ajoutent des provisions liées à la contrefaçon de marques : 10 000 euros pour Apple Inc., 20 000 euros pour Netflix Inc. et 30 000 euros pour Disney Inc. L’ensemble atteint ainsi 785 000 euros.

Le jugement ajoute encore 49 000 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, soit 7 000 euros pour chacune des sept sociétés demanderesses, et met les dépens à la charge de Spliiit. La société doit également communiquer des données permettant d’évaluer plus précisément le préjudice lié aux partages litigieux. Le coût final du contentieux ne se résume donc pas nécessairement au montant déjà provisionné.

Cette distinction est importante pour comprendre la portée économique de la décision. Les 785 000 euros sont un montant judiciaire déjà fixé à titre provisionnel sur plusieurs postes ; l’évaluation des préjudices peut encore évoluer dans la procédure, tandis que l’appel peut lui-même conduire à une confirmation, une modification ou une infirmation de tout ou partie du jugement.

785 000 euros correspondent aux provisions prononcées dans le jugement. À cela s’ajoutent notamment 49 000 euros de frais accordés sur le fondement de l’article 700 et les dépens.

Le dossier est donc très différent d’une sanction administrative comme celles infligées dans d’autres secteurs numériques. À titre de comparaison, WY-Créations suit également les procédures visant Temu ou encore les sanctions européennes visant Google, qui reposent sur des cadres juridiques différents.

Pourquoi Spliiit a été condamné

Le cœur du raisonnement tient à la responsabilité de Spliiit dans l’organisation du partage. La plateforme soutenait qu’elle mettait essentiellement en relation des utilisateurs et qu’elle ne pouvait pas être tenue responsable des choix contractuels de chacun. Le tribunal a considéré au contraire que son rôle était suffisamment actif pour caractériser une fourniture de moyens facilitant les violations des CGU.

Dans le « partage public », un titulaire pouvait proposer une place à des personnes qu’il ne connaissait pas auparavant. Spliiit organisait la mise en relation et les versements réguliers correspondant à la quote-part de l’abonnement. Or certaines offres des demanderesses réservaient l’utilisation à un foyer ou à une famille. La mécanique même du service pouvait alors permettre un usage contraire au contrat initial.

Le jugement va plus loin pour le « partage privé ». Même lorsque les personnes se connaissaient déjà, le tribunal reproche à Spliiit de ne pas s’être assuré qu’elles remplissaient les conditions exigées par les plateformes, par exemple l’appartenance au même foyer lorsque celle-ci était requise. La distinction entre inconnus et proches ne suffisait donc pas à rendre automatiquement le partage conforme.

Deux autres volets ont pesé : la concurrence déloyale et l’utilisation des marques. Le tribunal a estimé que la présentation de Spliiit pouvait faire croire à l’existence de partenariats avec les fournisseurs référencés. Il a admis qu’un usage verbal d’une marque peut être nécessaire pour identifier un service, mais pas les usages plus larges de logos et de signes graphiques qui dépassaient cette nécessité d’information.

Pour les consommateurs, cette différence est déterminante. Les pratiques commerciales évoluent vite, comme les prix et options des plateformes. Les astuces permettant de naviguer dans un catalogue, telles que les codes secrets Netflix, n’ont évidemment rien à voir avec un contournement des conditions de partage : elles utilisent simplement des catégories internes du service.

Spliiit a fait appel et la plateforme fonctionne toujours en septembre 2026

L’une des principales informations à actualiser depuis juin est la suite donnée par Spliiit. La société a annoncé faire appel du jugement. En septembre 2026, l’affaire n’est donc pas définitivement close sur le fond. La décision de première instance existe et produit les effets attachés à son exécution provisoire, mais la cour d’appel pourra réexaminer les points contestés.

Il serait donc excessif d’écrire que Spliiit est « fermé » ou que le co-abonnement a disparu. Le site et l’application sont toujours actifs. La société revendique toujours plus d’un million d’utilisateurs et référence plus de 300 abonnements. Son enjeu est désormais de faire coïncider les mécanismes proposés avec les possibilités expressément prévues par chaque fournisseur.

Le cas de Netflix est particulièrement révélateur. Spliiit présente désormais un parcours reposant sur l’option officielle d’abonné supplémentaire : le propriétaire d’un abonnement Standard ou Premium compatible achète la place prévue par Netflix, puis invite le co-abonné. Celui-ci dispose de ses propres identifiants. Dans ce schéma, Spliiit ne prétend plus transformer un simple mot de passe partagé en droit d’accès ; il sert d’intermédiaire autour d’une fonctionnalité créée par Netflix lui-même.

Cette évolution montre pourquoi la formule « fin du co-abonnement » était trop catégorique. Le modèle historique fondé sur le partage d’identifiants entre personnes extérieures au foyer est fortement fragilisé lorsqu’il contredit les CGU. En revanche, les places supplémentaires, forfaits famille et comptes multi-utilisateurs expressément autorisés offrent un terrain différent.

Cette adaptation s’inscrit dans un marché où les fournisseurs multiplient les options, hausses tarifaires et nouvelles formules. Les évolutions de YouTube Premium ou les nouvelles offres de services montrent que la bataille ne porte plus seulement sur le contenu, mais aussi sur la manière de facturer chaque utilisateur.

Le co-abonnement n’est pas interdit en bloc : tout dépend du contrat

Le mot « co-abonnement » recouvre en réalité plusieurs situations. Un abonnement familial peut autoriser plusieurs membres d’un même foyer. Une offre peut prévoir plusieurs profils mais interdire l’utilisation hors du domicile principal. Une autre peut vendre explicitement une place supplémentaire à une personne extérieure. Certains services permettent plusieurs appareils sans pour autant autoriser plusieurs titulaires indépendants.

La première règle est donc de ne pas confondre capacité technique et autorisation contractuelle. Le fait qu’un mot de passe fonctionne sur cinq téléviseurs ne signifie pas que le fournisseur autorise cinq foyers différents à utiliser le même compte. À l’inverse, lorsqu’un fournisseur commercialise une place additionnelle destinée à une personne extérieure au foyer, l’usage correspondant entre dans le dispositif prévu par le service.

Pour Spliiit, cette distinction transforme le modèle économique. La valeur de la plateforme peut rester la mise en relation, le calcul de la participation et la gestion des paiements, mais elle doit éviter de créer elle-même la possibilité contractuelle qui n’existe pas. Le droit d’utiliser le service doit venir de l’abonnement ou de l’option proposée par le fournisseur.

Pour l’utilisateur, cela signifie qu’il faut regarder les conditions propres à chaque offre plutôt que de se fier à une règle générale. Les CGU peuvent changer, tout comme les prix, le nombre de places et les critères de foyer. Une formule valide aujourd’hui peut être modifiée lors d’une prochaine évolution commerciale.

Le bon réflexe n’est plus de demander « peut-on partager ce service ? », mais « cette formule précise autorise-t-elle cette personne précise à disposer de cette place ? ».

La logique est comparable à d’autres services numériques qui redéfinissent progressivement leurs offres. Lorsque WhatsApp expérimente ou ajoute des fonctionnalités payantes, ou lorsqu’un opérateur comme SFR connaît de profondes transformations commerciales, analysées dans notre dossier sur l’avenir des forfaits SFR, le contrat souscrit reste la référence concrète pour l’utilisateur.

Quel avenir pour Spliiit et pour les utilisateurs ?

À court terme, Spliiit n’a donc pas disparu. La société poursuit son activité tout en contestant le jugement. Son avenir dépendra à la fois de la procédure d’appel et de sa capacité à faire évoluer son catalogue vers des mécanismes de partage autorisés. Plus les plateformes proposeront elles-mêmes des options multi-utilisateurs ou des membres supplémentaires, plus un intermédiaire pourra tenter de se positionner comme facilitateur plutôt que comme moyen de contourner une restriction.

Pour Netflix, Disney et Apple, la décision de mai constitue néanmoins un précédent important en première instance. Elle reconnaît qu’un intermédiaire peut engager sa responsabilité lorsqu’il fournit les moyens matériels et financiers d’un partage contraire aux CGU. D’autres services pourraient s’appuyer sur ce raisonnement, mais il serait prématuré d’affirmer qu’une vague de condamnations identiques est certaine : chaque contrat, chaque service et chaque fonctionnement doivent être examinés.

Le jugement illustre aussi un mouvement de fond du streaming. Après des années où la croissance reposait sur la conquête rapide d’abonnés, les plateformes cherchent désormais à mieux monétiser les usages réels. Le partage de mots de passe, longtemps toléré ou peu contrôlé, est devenu un enjeu économique. Les options payantes d’abonnés supplémentaires sont une manière de convertir une pratique existante en revenu officiel.

Pour le consommateur, la période du « même compte pour tout le monde » devient donc plus compliquée, mais pas nécessairement celle du chacun pour soi. Les formules familiales, les offres multi-utilisateurs et les places supplémentaires subsistent. Elles sont simplement davantage encadrées. L’économie reste possible lorsque le partage correspond réellement à ce que l’abonnement autorise.

Enfin, l’appel impose de conserver une distinction claire entre ce qui est acquis et ce qui reste ouvert. Le jugement du 29 mai 2026, ses interdictions et les sommes prononcées sont des faits. Le maintien de l’activité de Spliiit est également observable. En revanche, personne ne peut encore présenter comme certaine la décision future de la cour d’appel ni le montant définitif de l’ensemble des préjudices.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Spliiit, Netflix, Disney et Apple : ce qu’il faut comprendre.

Spliiit a-t-il été condamné à une amende de 800 000 euros ?

La formule est imprécise. Le jugement civil prononce notamment 785 000 euros de provisions à valoir sur différents préjudices, auxquels s’ajoutent 49 000 euros au titre de l’article 700 et les dépens. Il ne s’agit pas d’une amende pénale de 800 000 euros.

Spliiit est-il fermé ?

Non. En septembre 2026, la plateforme et son application fonctionnent toujours. Le jugement interdit certaines modalités de partage contraires aux CGU, pas l’ensemble de l’activité.

Spliiit a-t-il fait appel ?

Oui. La société a annoncé faire appel du jugement rendu le 29 mai 2026. L’issue de cette procédure n’est pas encore connue.

Le partage d’un abonnement Netflix est-il désormais interdit ?

Non par principe. Netflix prévoit notamment des options officielles d’abonné supplémentaire sur certaines formules. Ce qui compte est de respecter les conditions attachées à l’offre utilisée.

Pourquoi le tribunal a-t-il condamné Spliiit ?

Le tribunal a retenu la complicité de violation des CGU, la concurrence déloyale et certains actes de contrefaçon de marques. Il a considéré que Spliiit jouait un rôle actif dans la facilitation des partages litigieux.

Les 785 000 euros sont-ils le montant définitif ?

Non. Il s’agit de provisions prononcées en première instance. Une évaluation complémentaire des préjudices est prévue et la décision fait l’objet d’un appel.

Peut-on encore utiliser Spliiit pour Netflix ?

Spliiit propose actuellement un mécanisme reposant sur l’option officielle d’abonné supplémentaire de Netflix pour les formules compatibles. Les conditions du fournisseur restent déterminantes.

Cette décision concerne-t-elle tous les services proposés par Spliiit ?

Le jugement du 29 mai concerne le litige avec les sociétés Apple, Disney et Netflix. Il ne prononce pas une interdiction générale de tous les autres abonnements référencés par Spliiit.

Florence Salmon
Fondatrice de WY-Créations® — référenceuse senior et développeuse

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