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Fin des réseaux 2G et 3G
des millions d’équipements doivent encore migrer.

La fermeture des anciens réseaux mobiles est désormais engagée en France. Orange a déjà coupé la 2G dans plusieurs zones du Sud-Ouest et généralisera l’arrêt à l’automne 2026. SFR et Bouygues Telecom prévoient eux aussi une extinction nationale de la 2G avant la fin de l’année. Le sujet ne concerne pas seulement de vieux téléphones : ascenseurs, téléassistance, alarmes, capteurs, systèmes de distribution d’eau et véhicules eCall dépendent encore de technologies 2G ou 3G. Mise à jour : 8 septembre 2026·11 min de lecture·Florence Salmon
Fin des réseaux 2G et 3G en France et migration des équipements connectés

Le chiffre de « 12 millions d’appareils menacés » qui a beaucoup circulé au printemps 2026 vient d’un collectif d’associations et d’estimations de la Direction générale des entreprises. L’Arcep suit de son côté les cartes SIM réellement encore utilisées dans des terminaux 2G ou 3G/2G : leur nombre baisse rapidement, mais plusieurs millions restent concernés.

Le calendrier réel de fermeture en France

La première version de l’article présentait un calendrier trop simplifié, comme si les quatre opérateurs avaient adopté exactement les mêmes dates. Ce n’est pas le cas. L’Arcep rappelle que les calendriers sont décidés par chaque opérateur et peuvent encore évoluer.

Chez Orange, l’extinction 2G est déjà en cours. Le réseau a été arrêté le 31 mars 2026 à Bayonne, Anglet et Biarritz, puis le 12 mai dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes, avant une nouvelle vague le 9 juin dans sept autres départements du Sud-Ouest. La généralisation nationale doit commencer à la fin septembre et se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. Orange annonce l’arrêt de la 3G en 2028.

SFR prévoit pour sa part l’extinction de la 2G dans les zones très denses entre le 15 et le 30 novembre 2026, puis une généralisation nationale du 1er au 15 décembre. Sa 3G doit disparaître fin 2028.

Bouygues Telecom prévoit une première phase le 15 novembre dans plusieurs communes, notamment Brest et Nancy, puis une généralisation entre le 1er et le 15 décembre 2026. L’arrêt de sa 3G est annoncé pour fin 2029.

Free Mobile ne possède pas de réseau 2G propre et dépend historiquement de l’itinérance Orange pour certains usages. L’assistance Free renvoie donc vers le calendrier d’Orange pour l’extinction 2G. Le calendrier d’arrêt de la 3G propre à Free n’est pas encore annoncé par l’Arcep au 8 septembre 2026.

La logique technique est claire : les fréquences occupées par les anciennes technologies peuvent être réutilisées pour la 4G et la 5G. Les opérateurs mettent également en avant de meilleurs niveaux de sécurité, une consommation énergétique plus faible et une qualité de service supérieure sur les réseaux récents.

Combien d’appareils sont encore réellement concernés ?

Le chiffre de 12 millions d’équipements n’est pas inventé, mais il ne correspond pas à un comptage exhaustif de l’Arcep. Il provient notamment de la tribune publiée dans Le Monde le 31 mars 2026 par un collectif d’associations. Le texte avançait jusqu’à 12 millions d’équipements à adapter ou remplacer, dont 2,4 millions de téléphones et près de 10 millions d’objets connectés, sur la base d’estimations de la Direction générale des entreprises.

Les données réglementaires les plus solides portent sur les cartes SIM. Fin décembre 2025, l’Arcep recensait 5,2 millions de cartes SIM insérées dans des terminaux compatibles uniquement 2G ou 3G/2G. Parmi elles, 2,4 millions concernaient des usages classiques voix, SMS et internet mobile et 2,82 millions des services Machine to Machine, c’est-à-dire des équipements connectés professionnels.

Au premier trimestre 2026, cette migration s’est accélérée. Les données relayées à partir de l’observatoire de l’Arcep font état d’environ 2,13 millions de cartes SIM grand public encore utilisées dans des terminaux 2G ou 3G/2G à fin mars, contre 2,4 millions trois mois plus tôt. Le parc M2M est passé d’environ 2,82 à 2,4 millions sur la même période.

Ces chiffres ne recouvrent pas tous les équipements. Les cartes étrangères utilisées en itinérance dans des objets IoT ne sont pas intégrées de la même façon dans l’observatoire. Le Sénat a rappelé que l’estimation de leur poids reposait en partie sur des ratios sectoriels et ne devait pas être considérée comme un comptage totalement actualisé.

La formulation la plus rigoureuse est donc la suivante : plusieurs millions d’équipements français utilisent encore des cartes SIM dépendant de la 2G ou de la 3G, tandis qu’un ordre de grandeur allant jusqu’à 12 millions d’appareils à adapter ou remplacer a été avancé par les associations et des acteurs publics.

Cette transition illustre les effets concrets des transformations numériques analysées dans notre dossier sur le choc organisationnel provoqué par les évolutions technologiques : une technologie peut disparaître bien avant la fin de vie physique des équipements qui en dépendent.

Ascenseurs, alarmes et téléassistance : le vrai risque de continuité de service

Les vieux téléphones sont la partie la plus visible du sujet, mais les équipements professionnels et de sécurité sont beaucoup plus sensibles. Les téléalarmes d’ascenseurs, systèmes de télésurveillance, dispositifs de téléassistance, centrales d’alarme, capteurs industriels ou équipements de distribution d’eau utilisent encore largement des modems 2G ou 3G.

Le cas des ascenseurs est particulièrement documenté. Le ministère chargé du Logement estimait en septembre 2025 que près de la moitié du parc français utilisait encore la 2G ou la 3G pour ses systèmes d’alerte. La Fédération des Ascenseurs indique à l’été 2026 qu’un peu plus d’un tiers du parc dépendait encore de la 2G fin 2025, et près de 10 % de la 3G.

Ce n’est pas un simple problème de confort. La réglementation impose qu’un ascenseur dispose d’un système d’alerte opérationnel relié à un service d’intervention. En l’absence de communication fonctionnelle, l’équipement peut devoir être mis à l’arrêt. La migration du module téléphonique devient donc une obligation de sécurité.

La téléassistance pose un problème similaire. Un bracelet, un boîtier d’alerte ou un dispositif médical qui ne sait communiquer qu’en 2G peut perdre sa capacité à joindre le centre d’assistance lorsque le réseau disparaît dans sa zone. Le collectif ayant publié la tribune du Monde estimait notamment à environ 200 000 le nombre de bracelets antichute concernés, mais ce chiffre doit être présenté comme une estimation militante et sectorielle, pas comme un décompte officiel national.

La bonne pratique consiste à contacter directement le fournisseur du service. Un bracelet, une alarme ou un ascenseur peut parfois être modernisé par remplacement du module de communication sans nécessiter le changement complet de l’équipement. À l’inverse, certains matériels anciens imposent un remplacement plus large.

Les infrastructures publiques sont aussi concernées. Des réseaux d’eau, d’assainissement ou d’éclairage public transmettent encore leurs données via les anciennes générations mobiles. Dans une collectivité, plusieurs milliers de capteurs peuvent donc devoir être reconfigurés ou remplacés dans un calendrier très court.

Le cas eCall est désormais plus préoccupant qu’en avril

Le fichier source évoquait 36 millions de véhicules européens susceptibles de perdre la fonction eCall. Une étude commandée par la Commission européenne publiée le 28 mai 2026 a depuis réévalué ce risque : environ 64 millions de véhicules pourraient perdre leur fonctionnalité eCall si les arrêts 2G/3G restent non coordonnés dans l’Union européenne.

eCall est le système d’appel d’urgence automatique au 112 installé dans les véhicules. Lorsqu’un accident grave est détecté, il peut transmettre automatiquement certaines informations et établir une communication avec les services d’urgence. Une grande partie du parc historique repose sur des modules utilisant les réseaux à commutation de circuit 2G ou 3G.

La Commission souligne que les solutions de remplacement de seconde monte ne sont pas attendues à grande échelle avant 2030. L’étude recommande donc que les États membres préservent au moins un réseau à commutation de circuit jusqu’à cette échéance afin d’éviter une rupture du service.

Cette recommandation européenne crée une tension avec les calendriers nationaux. En France, la 2G doit disparaître fin 2026 chez les grands réseaux concernés, alors que la 3G restera encore disponible jusqu’en 2028 ou 2029 selon les opérateurs. Pour les véhicules, l’enjeu ne se résume donc pas à « 2G coupée = eCall immédiatement inutilisable » : la compatibilité exacte dépend du module et des réseaux encore accessibles.

Les propriétaires ne doivent pas remplacer leur véhicule pour cette seule raison. En cas de doute, la bonne démarche consiste à interroger le constructeur avec le VIN du véhicule afin de savoir si le module eCall est compatible avec les réseaux encore disponibles et si une mise à jour ou une solution de remplacement est prévue.

Les coûts économiques sont réels, mais tous les chiffres ne se valent pas

La première version de l’article annonçait 1,36 milliard d’euros de surcoût minimum. Ce montant a circulé dans les arguments du collectif d’associations, mais il n’existe pas aujourd’hui de facture nationale consolidée permettant d’en faire un coût officiel définitif.

En revanche, plusieurs ordres de grandeur sont documentés. Le Sénat a rappelé qu’un remplacement ou une adaptation de téléalarme d’ascenseur peut atteindre jusqu’à environ 1 800 euros et nécessiter une journée d’intervention. Le coût réel dépend toutefois du matériel existant et du type de migration choisi.

Pour la seule ville de Lille, la mise à niveau de 26 500 points lumineux utilisant des technologies anciennes a été évaluée à environ 900 000 euros. La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies estime quant à elle à environ 330 millions d’euros le coût de l’évolution des services de distribution d’eau à l’échelle nationale.

Ces montants expliquent la demande d’accompagnement formulée par les associations et les fédérations professionnelles. Elles estiment que la décision d’extinction a été prise par les opérateurs alors que les coûts de migration sont supportés en grande partie par les utilisateurs, collectivités, copropriétés, entreprises ou bénéficiaires de services.

Ces transformations numériques peuvent aussi créer de nouveaux risques opérationnels lorsqu’elles sont mal anticipées. Nos analyses sur la cybersécurité des administrations publiques européennes et sur l’évolution des cyberattaques en France montrent pourquoi la migration des équipements critiques doit intégrer à la fois continuité, sécurité et mise à jour logicielle.

L’impact environnemental est plus complexe qu’un simple chiffre de CO2

Le fichier source avançait 200 000 tonnes de CO2 pour le remplacement des 2,4 millions de téléphones concernés. Ce chiffre provient des arguments portés par les opposants à une extinction trop rapide et ne doit pas être présenté comme une évaluation officielle consolidée de l’Arcep.

L’Arcep a justement consacré des travaux spécifiques à l’impact carbone de la migration 2G/3G vers 4G/5G. Le résultat est plus nuancé qu’un calcul fondé uniquement sur la fabrication de nouveaux terminaux. Il faut comparer deux effets opposés : l’empreinte du remplacement anticipé de certains appareils et les gains liés à des réseaux 4G/5G plus efficaces énergétiquement pour transporter un même volume de trafic.

Le bénéfice environnemental dépend donc de la durée pendant laquelle les équipements remplacés auraient encore pu servir, du niveau de réemploi ou de recyclage et de l’efficacité des nouveaux réseaux. Une transition préparée longtemps à l’avance permet de remplacer progressivement les appareils en fin de vie naturelle ; une coupure rapide augmente au contraire la part d’équipements fonctionnels rendus prématurément obsolètes.

La question rejoint celle plus générale de la consommation de ressources du numérique : l’amélioration de l’efficacité des infrastructures peut être réelle tout en créant un coût environnemental important lorsqu’elle accélère le renouvellement du matériel.

Ce qu’il faut vérifier maintenant, avant les coupures nationales

Pour un téléphone personnel, la question principale est la compatibilité 4G et surtout la possibilité de passer des appels en 4G via la VoLTE. Un appareil peut afficher « 4G » pour les données tout en basculant encore en 2G ou 3G pour les appels si la VoLTE n’est pas activée ou prise en charge.

Si votre téléphone n’affiche jamais 4G, LTE ou 5G, ou s’il s’agit d’un modèle très ancien, vérifiez sa fiche technique et contactez votre opérateur. Les clients utilisant un opérateur virtuel doivent également se renseigner sur le réseau hôte et les conditions de migration.

Pour une alarme, une téléassistance, un interphone, une chaudière connectée ou un ascenseur, ne vous contentez pas de regarder l’âge de l’équipement. C’est le module de communication qui compte. Demandez au prestataire quel réseau utilise la carte SIM et si le boîtier supporte 4G, LTE-M ou une autre technologie pérenne.

Dans une entreprise ou une collectivité, l’urgence est l’inventaire. Il faut recenser les cartes SIM, modems, automates, capteurs et téléalarmes, identifier l’opérateur hôte, hiérarchiser les usages critiques et planifier les interventions avant la date de coupure de la zone concernée.

Cette vérification doit aussi inclure la sécurité des matériels migrés : une connexion 4G ne corrige pas un firmware obsolète ou des identifiants faibles, comme le montrent les attaques visant les systèmes professionnels.

Les équipements médicaux ou de sécurité doivent être traités en priorité. Une migration réalisée après la coupure peut provoquer plusieurs jours de perte de service, alors qu’un remplacement planifié permet généralement de tester le nouveau canal avant de désactiver l’ancien.

Enfin, les organisations manipulant des données sensibles doivent intégrer cette migration à leur politique de sécurité et de conformité. Les incidents liés aux fuites de données médicales et scolaires ou à l’usage de nouvelles technologies sous surveillance de la CNIL montrent que chaque changement d’infrastructure peut créer de nouveaux points d’attention.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu’on nous demande le plus souvent.

Quand la 2G sera-t-elle complètement arrêtée en France ?

Les grands réseaux concernés prévoient une extinction nationale en 2026. Orange a déjà commencé dans le Sud-Ouest et généralise l’arrêt à partir de fin septembre. SFR et Bouygues Telecom prévoient leur généralisation nationale en novembre et décembre.

Quand la 3G sera-t-elle arrêtée ?

Orange et SFR annoncent 2028. Bouygues Telecom annonce fin 2029. Free Mobile n’a pas encore communiqué à l’Arcep de calendrier propre pour l’arrêt de sa 3G.

Y a-t-il vraiment 12 millions d’appareils concernés ?

Il s’agit d’un ordre de grandeur avancé par un collectif d’associations, incluant environ 2,4 millions de téléphones et près de 10 millions d’objets connectés. L’Arcep suit plutôt les cartes SIM : plusieurs millions restent encore utilisées dans des terminaux 2G ou 3G/2G.

Un téléphone 4G peut-il quand même être concerné ?

Oui, si les appels vocaux ne passent pas en VoLTE et que le téléphone bascule encore sur la 2G ou la 3G pour téléphoner. Il faut vérifier la compatibilité VoLTE avec l’appareil et l’opérateur.

Mon ascenseur doit-il être remplacé ?

Non nécessairement. C’est souvent le module de téléalarme qui doit être modernisé. La réglementation exige toutefois qu’un moyen d’alerte opérationnel soit maintenu ; un ascenseur sans téléalarme fonctionnelle peut devoir être mis à l’arrêt.

Ma voiture va-t-elle perdre eCall ?

Certains véhicules équipés d’un ancien module eCall 2G/3G sont concernés. Une étude européenne estime que 64 millions de véhicules pourraient perdre cette fonction sans solution coordonnée. Vérifiez auprès du constructeur à partir du VIN.

Pourquoi les opérateurs arrêtent-ils ces réseaux ?

Ils souhaitent réutiliser les fréquences pour la 4G et la 5G, réduire la consommation énergétique, améliorer la sécurité et éviter de maintenir plusieurs générations de réseaux parallèlement.

Que faut-il faire en priorité ?

Identifier les équipements qui communiquent encore en 2G ou 3G, contacter le fournisseur ou l’opérateur, puis planifier la migration avant la coupure dans votre zone. Les dispositifs de sécurité, de téléassistance et les équipements critiques doivent être traités en premier.

Florence Salmon
Fondatrice de WY-Créations® — référenceuse senior et développeuse

WY-Créations analyse les évolutions du numérique, des infrastructures et de la cybersécurité en distinguant les données officielles des estimations sectorielles. Retrouvez toutes les actualités web et la présentation de WY-Créations.

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Une technologie peut disparaître avant que l’équipement qui l’utilise soit en fin de vie.

La priorité est désormais d’identifier les dépendances 2G et 3G avant les coupures nationales de fin 2026.

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