Faille MediaTek sur Android :
ce que permet vraiment l’attaque en 45 secondes.
Un téléphone branché à un ordinateur portable. Quarante-cinq secondes plus tard, le code PIN est connu, le stockage est déchiffré et les phrases de récupération de six portefeuilles ont été extraites. L’appareil n’a jamais démarré. La démonstration est réelle, le correctif existe depuis janvier, et la question qui reste est celle de sa diffusion.
Qui a trouvé quoi
La vulnérabilité a été mise au jour par le Donjon, laboratoire de sécurité de la société française Ledger, connue pour ses dispositifs de conservation d’actifs numériques.
- Référence officielle : CVE-2025-20435, rendue publique le 2 mars 2026.
- Périmètre : les smartphones combinant une puce MediaTek et l’environnement d’exécution sécurisé de Trustonic.
- Ces composants équiperaient environ un quart des smartphones Android dans le monde, selon l’estimation des chercheurs.
- La démonstration a été réalisée sur un CMF Phone 1, modèle de la marque Nothing, dans les locaux parisiens de l’entreprise.
- Le directeur technique de Ledger, Charles Guillemet, a décrit publiquement le déroulement de l’opération.
- Des modèles orientés crypto-actifs figurent parmi les appareils potentiellement concernés.
L’estimation d’un quart du parc mondial mérite une précision. Elle décrit la part des appareils embarquant cette combinaison de composants, pas le nombre de téléphones effectivement vulnérables aujourd’hui. Six mois après la publication, une partie substantielle de ces appareils a reçu le correctif. La proportion réellement exposée n’est connue de personne, et les chiffres qui circulent portent tous sur le parc théorique.
L’origine de la découverte n’est pas anodine. Elle provient de recherches menées sur la sécurité des portefeuilles logiciels, ce qui explique que la démonstration cible en priorité ces applications.
Comment fonctionne la faille
Le principe se comprend sans compétence technique, à condition de saisir ce qui se passe avant qu’un téléphone affiche son écran de déverrouillage.
Un smartphone ne démarre pas Android directement. Une chaîne de composants s’exécute d’abord : chacun vérifie le suivant, et chacun s’assure que le code qu’il lance est bien authentique. C’est ce qu’on appelle le démarrage sécurisé, et c’est la fondation sur laquelle repose tout le reste, y compris le chiffrement du stockage.
La faille se situe dans le préchargeur, l’un des premiers maillons de cette chaîne. Ce composant ne vérifie pas si l’interlocuteur qui lui adresse une requête est autorisé à le faire. Un outil connecté par le port de charge peut donc lui parler et obtenir des réponses, sans jamais passer par les mécanismes de protection que l’utilisateur connaît.
À partir de là, les chercheurs sont parvenus à récupérer des clés cryptographiques du système, puis à reconstituer le code PIN, à déchiffrer la mémoire interne et à en extraire des données : phrases de récupération de portefeuilles, mais aussi identifiants matériels comme les numéros de série. Le principe rappelle les compromissions qui visent une fondation technique plutôt qu’une application, mécanisme décrit dans notre article sur les attaques par la chaîne d’approvisionnement.
Le point décisif : l’accès physique
Voici l’élément qui détermine le niveau de risque réel, et que les titres alarmants passent généralement sous silence.
Cette attaque suppose d’avoir le téléphone en main et de le brancher physiquement. Il ne s’agit pas d’une vulnérabilité exploitable à distance : personne ne peut en tirer parti depuis Internet, par un message piégé ou par une application malveillante. Sans contact matériel avec l’appareil, elle n’a aucune portée.
Cette contrainte réduit considérablement le nombre de situations concernées, mais elle ne les supprime pas. Un téléphone volé ou perdu, un appareil confié à un réparateur, un contrôle administratif dans certains contextes, un passage prolongé hors de votre vue : toutes ces circonstances offrent la fenêtre nécessaire. Quarante-cinq secondes, c’est le temps d’un café.
Le risque se concentre donc sur des profils précis : les personnes détenant des actifs numériques de valeur sur leur téléphone, celles susceptibles d’être ciblées personnellement, et celles dont l’appareil contient des informations professionnelles sensibles. Pour un usage courant, la probabilité qu’un voleur d’opportunité dispose du matériel et de la compétence nécessaires reste faible.
Pourquoi éteindre ne protège pas
Le second aspect frappant de cette affaire renverse un réflexe de sécurité largement répandu, et l’explication est logique.
- Le code PIN, le schéma ou l’empreinte protègent l’accès à Android, pas l’accès à la machine.
- Le chiffrement du stockage repose sur des clés gérées par les couches basses du système, celles-là mêmes qui sont contournées ici.
- La faille agit avant le lancement d’Android, donc avant que ces protections n’entrent en jeu.
- Un appareil éteint reste alimenté suffisamment pour répondre à une sollicitation par son port de connexion.
- Éteindre son téléphone reste une bonne pratique contre d’autres formes d’attaque, notamment celles qui reposent sur un logiciel actif en mémoire.
Ce dernier point mérite d’être souligné pour éviter un contresens. L’extinction régulière garde toute sa valeur contre les compromissions logicielles qui ne survivent pas à un redémarrage, sujet que nous détaillions dans notre article sur l’intérêt d’éteindre son téléphone plutôt que de le redémarrer. Elle ne protège simplement pas contre une attaque qui vise une couche située en dessous du système d’exploitation.
La formule « même éteint » est exacte, mais elle décrit une caractéristique technique et non une capacité magique. La faille n’agit pas sur un appareil sans batterie ni connexion.
La chronologie du correctif
Le traitement de cette vulnérabilité constitue un exemple de divulgation responsable bien menée, ce qui mérite d’être noté.
Après la découverte, Ledger a informé MediaTek et Trustonic en leur accordant le délai standard de quatre-vingt-dix jours pour préparer un correctif avant toute communication publique. Ce mécanisme vise à éviter qu’une faille soit connue des attaquants avant d’être corrigée.
MediaTek a tenu ce délai. Le correctif a été transmis aux fabricants de smartphones le 5 janvier 2026, et figure dans le bulletin de sécurité du fondeur de mars 2026. La faille n’a été rendue publique que le 2 mars, laissant environ deux mois aux constructeurs pour intégrer le correctif et le déployer.
Six mois se sont écoulés depuis. Un appareil bénéficiant encore du support de son fabricant et tenu à jour a normalement reçu le correctif via les bulletins de sécurité Android de mars ou avril 2026. La question qui demeure ne porte donc plus sur l’existence du remède mais sur sa distribution effective.
Vérifier et se protéger
Les mesures utiles se limitent à quelques gestes, dont le premier suffit dans la grande majorité des cas.
- Vérifier son niveau de correctif de sécurité, dans les Paramètres, section À propos du téléphone. Une date antérieure à mars 2026 signale un appareil non protégé.
- Installer toutes les mises à jour système disponibles, et vérifier à nouveau après redémarrage.
- Ne jamais brancher son téléphone sur un port de charge public ou sur un câble dont on ignore la provenance. Un simple adaptateur bloquant les données suffit à écarter ce risque.
- Ne pas laisser son appareil sans surveillance, y compris quelques minutes, dans un contexte où il pourrait intéresser quelqu’un.
- Ne pas conserver de phrases de récupération ou de secrets critiques dans une application de téléphone, quelle que soit sa réputation.
- Si l’appareil ne reçoit plus de mises à jour, envisager son remplacement plutôt que d’attendre un correctif qui n’arrivera pas.
Le conseil sur les portefeuilles logiciels découle directement de la démonstration : six applications parmi les plus utilisées ont vu leurs phrases de récupération extraites. Ce constat plaide pour la séparation des secrets et de l’appareil du quotidien, logique qui sous-tend les dispositifs matériels dédiés, et qu’on retrouve dans les évolutions décrites dans notre article sur les nouvelles fonctions de ces outils de conservation.
Les compromissions visant spécifiquement Android par voie logicielle existent en parallèle, comme le montrent nos articles sur un logiciel malveillant détournant un assistant intégré et sur un programme impossible à désinstaller.
Le problème de fond
Cette affaire illustre une faiblesse structurelle qu’aucun correctif ne règle : la longueur de la chaîne qui sépare la publication d’un remède de son arrivée sur un appareil.
Le fondeur produit le correctif et le transmet au fabricant du téléphone. Celui-ci doit l’intégrer à sa propre surcouche logicielle, le tester sur chacun de ses modèles, puis le distribuer. Ce parcours prend des semaines pour les constructeurs les plus réactifs, des mois pour les autres, et n’aboutit jamais pour les appareils sortis du support.
Cette dernière catégorie constitue le vrai angle mort. Un téléphone d’entrée de gamme acheté il y a quatre ans peut fonctionner parfaitement tout en ne recevant plus aucune mise à jour de sécurité depuis longtemps. Son propriétaire n’en sait généralement rien, et aucun message ne l’en avertit. Le décalage entre la durée de vie matérielle et la durée de support logiciel laisse un parc considérable sans protection.
Ce mécanisme se retrouve dans tous les écosystèmes où plusieurs acteurs s’intercalent entre le correctif et l’utilisateur, comme nous le décrivions à propos des correctifs publiés par Microsoft cette année. La différence tient au nombre d’intermédiaires : un correctif système passe par un acteur, un correctif de composant mobile en traverse au moins trois.
Ce qu’on nous demande le plus souvent.
Mon téléphone est-il concerné ?
Potentiellement s’il combine une puce MediaTek et l’environnement sécurisé de Trustonic, ce qui représenterait environ un quart des smartphones Android. Vérifiez votre niveau de correctif de sécurité dans les Paramètres : une date postérieure à mars 2026 indique un appareil protégé.
Peut-on m’attaquer à distance ?
Non. Cette faille exige un accès physique à l’appareil et un branchement. Elle n’est exploitable ni depuis Internet, ni par un message piégé, ni par une application malveillante. Sans contact matériel avec le téléphone, elle n’a aucune portée.
Éteindre mon téléphone me protège-t-il ?
Pas contre celle-ci. La faille agit avant le lancement d’Android, donc avant que le code PIN et le chiffrement n’entrent en jeu. L’extinction reste utile contre d’autres formes d’attaque, notamment celles reposant sur un logiciel actif en mémoire.
Un correctif existe-t-il ?
Oui. MediaTek l’a transmis aux fabricants le 5 janvier 2026, avant la publication de la faille le 2 mars. Il figure dans les bulletins de sécurité Android de mars et avril 2026. Un appareil encore supporté et tenu à jour l’a normalement reçu.
Que faire si mon téléphone n’est plus mis à jour ?
Aucun correctif n’arrivera. Éviter tout branchement sur un port ou un câble inconnu, ne pas laisser l’appareil sans surveillance, ne conserver aucun secret critique dessus, et envisager un remplacement si l’usage le justifie.
Qui est le plus exposé ?
Les personnes détenant des actifs numériques sur leur téléphone, celles susceptibles d’être ciblées personnellement, et celles dont l’appareil contient des données professionnelles sensibles. La démonstration a extrait les phrases de récupération de six portefeuilles parmi les plus utilisés.
- Publication du laboratoire Donjon de Ledger relative à la vulnérabilité référencée CVE-2025-20435, rendue publique le 2 mars 2026.
- Déclarations de Charles Guillemet, directeur technique de Ledger, sur le déroulement et les résultats de la démonstration.
- Bulletin de sécurité MediaTek de mars 2026 et confirmation de la transmission du correctif aux fabricants le 5 janvier 2026.
- Bulletins de sécurité Android de mars et avril 2026 intégrant le correctif concerné.
- Estimations publiées sur la part des smartphones Android équipés de la combinaison de composants concernée.
- Comptes rendus de la presse spécialisée francophone publiés entre le 10 et le 25 mars 2026.
WY-Créations conçoit des sites internet et construit des stratégies de visibilité pour les artisans, les TPE, les PME et les professions libérales depuis 2018. Les conditions d’exploitation d’une vulnérabilité sont précisées afin de ne pas confondre un risque théorique et un risque effectif. Pour aller plus loin : les avis clients ou nous écrire.
Vos téléphones professionnels reçoivent-ils encore des mises à jour ?
Un appareil sorti du support fonctionne parfaitement tout en ne recevant plus aucun correctif, sans qu’aucun message ne l’indique. Vérifier la date du dernier correctif de sécurité prend trente secondes par poste.