Withings+ : l’export vers Apple Santé
devient payant pour les nouveaux comptes

Withings, fabricant français de balances, montres et tensiomètres connectés, a modifié discrètement une règle que beaucoup d’utilisateurs tenaient pour acquise : la synchronisation gratuite de leurs mesures avec les applications de santé d’Apple et de Google. Le changement tient en quelques lignes sur une page d’assistance. Il ne touche que les nouveaux comptes, mais il change le coût réel d’un appareil pour ceux qui l’achètent aujourd’hui. Pour une entreprise qui envisage d’équiper ses équipes, ou un professionnel de santé qui recommande ces appareils, la question mérite d’être posée avant l’achat.
Qu’est-ce qui devient payant ?
L’envoi des mesures vers d’autres applications. Pas leur consultation.
Les appareils Withings envoient leurs mesures (poids, fréquence cardiaque, sommeil, tension) vers l’application de la marque. Jusqu’ici, chacun pouvait les transférer gratuitement vers Apple Santé, Health Connect ou d’autres applications partenaires, pour centraliser ses données ou les utiliser dans un service tiers.
Withings a modifié cette règle sur sa page d’assistance consacrée à Apple Santé. L’entreprise y écrit que des modifications de son interface de programmation, l’API, et de nouvelles mesures de confidentialité sont entrées en vigueur le 13 octobre 2026. Les utilisateurs devront désormais disposer d’un abonnement Withings+ actif pour exporter leurs données vers des applications tierces comme Apple Santé et Health Connect, s’ils ont créé leur compte à partir de cette date.
D’après Gadgets & Wearables, des utilisateurs ont constaté qu’en activant l’export vers Apple Santé, l’application affiche désormais un écran d’abonnement. Withings précise par ailleurs qu’il n’est pas possible de contourner l’obligation en passant par l’écosystème d’Apple ou de Google.
Qui est concerné ?
Uniquement les comptes créés à partir du 13 octobre 2026.
Withings est catégorique sur ce point : les comptes qui existaient avant le 13 octobre 2026 n’auront « jamais » à se soucier de ce changement. Pour eux, la synchronisation gratuite continue.
La frontière se situe à la date de création du compte, pas à la date d’achat de l’appareil. Une personne qui achète aujourd’hui une nouvelle balance et la rattache à son compte existant conserve la synchronisation gratuite. À l’inverse, un nouvel utilisateur qui ouvre un compte pour son premier appareil doit s’abonner s’il veut envoyer ses données ailleurs.
Gadgets & Wearables signale aussi que la formule « Enterprise » de Withings, destinée aux professionnels, peut lever cette obligation pour certains usages précis. Une entreprise ou une structure de santé qui déploie des appareils à grande échelle a donc intérêt à interroger directement Withings sur ses conditions.
Qu’est-ce qui reste gratuit ?
La consultation des mesures dans l’application, et l’export ponctuel en PDF.
Withings rappelle que chacun conserve un accès direct à ses données, quel que soit son statut d’abonnement. Les mesures et les tendances restent consultables dans l’application, sans payer. La page d’assistance renvoie également vers une procédure permettant de télécharger ou de partager ses données au format PDF.
Ce qui devient payant, pour un nouveau compte, c’est donc la synchronisation continue et automatique avec un autre service. Dire que « Withings retient vos données » serait inexact : elles restent visibles et exportables. Dire que « Withings fait payer le transfert automatique vers Apple Santé » décrit correctement la nouvelle règle, pour les comptes créés depuis le 13 octobre.
Withings+ ne se limite pas à cette synchronisation. L’abonnement comprend aussi un examen d’électrocardiogramme par un cardiologue sous 24 heures, un assistant de santé à base d’IA et un score quotidien de forme. Le transfert vers les applications tierces fait désormais partie de ce lot.
Pourquoi Withings fait-il ce choix ?
L’entreprise avance deux motifs : la confidentialité et le financement de sa plateforme.
Sur sa page d’assistance, Withings évoque des modifications de son API et de nouvelles mesures de confidentialité, sans les détailler. Selon Gadgets & Wearables, la marque présente aussi les revenus de l’abonnement comme un moyen de financer la validation clinique de ses appareils, ses démarches réglementaires et l’infrastructure de sa plateforme de santé.
Ces explications sont celles de l’entreprise. Le lien entre la confidentialité et le fait de faire payer l’export n’est pas expliqué dans les textes publiés. Le motif économique, lui, est plus lisible : les fabricants d’objets connectés cherchent des revenus récurrents au-delà de la vente des appareils.
Le choix de ne viser que les nouveaux comptes limite la grogne des clients existants, tout en changeant la donne pour les nouveaux acheteurs. L’auteur de Gadgets & Wearables résume la critique : faire payer des analyses supplémentaires est une chose, faire payer le transfert de ses propres mesures en est une autre.
Cette décision est-elle compatible avec le Data Act ?
La question se pose sérieusement. Aucune autorité n’y a encore répondu.
Le règlement européen sur les données, le Data Act, s’applique en grande partie depuis le 12 septembre 2025. Selon la CNIL, il permet à toute personne qui possède ou utilise un objet connecté d’accéder aux données qu’il génère, sans frais lorsque c’est techniquement possible. Il prévoit aussi que le partage de ces données avec un tiers doit se faire « gratuitement pour l’utilisateur », et en continu ou en temps réel lorsque c’est techniquement faisable.
La CNIL précise que le Data Act renforce le droit à la portabilité prévu par le RGPD, en l’étendant à toutes les données, personnelles ou non. En cas de contradiction entre les deux textes, le RGPD prévaut pour les données personnelles.
Withings maintient l’accès gratuit dans son application et l’export en PDF, mais fait payer la synchronisation continue vers des tiers pour les nouveaux comptes. Plusieurs médias français y voient une zone grise juridique. À ce jour, aucune décision de la CNIL, d’un tribunal ou de la Commission européenne ne porte sur ce cas. Affirmer que Withings enfreint la loi irait trop loin ; affirmer que la question ne se pose pas aussi.
Que vérifier avant d’équiper une équipe ?
La date des comptes, le besoin réel de synchronisation et le coût annuel.
La date du compte. Un compte ouvert avant le 13 octobre 2026 conserve la synchronisation gratuite, selon Withings. Un compte créé depuis doit passer par Withings+ pour l’export vers des tiers.
Le besoin. Si les mesures restent consultées dans l’application Withings, ou si un export PDF ponctuel suffit, l’abonnement n’est pas nécessaire. S’il faut alimenter Apple Santé, Health Connect ou un autre outil en continu, il l’est.
Le coût. Aux États-Unis, Withings+ coûte 9,95 dollars par mois ou 99,50 dollars par an ; le tarif en euros s’affiche dans l’application. Sur dix personnes, cela représente de l’ordre d’un millier d’euros ou de dollars par an, une somme qui n’apparaît pas dans le prix de l’appareil.
Les comptes existants. Il ne faut surtout pas recréer un compte « pour repartir sur une base propre » : on perdrait la synchronisation gratuite.
Le devis. Une proposition d’équipement en balances ou montres connectées doit préciser si l’export vers les outils utilisés est inclus. Sinon, le coût arrive après la livraison. Pour un déploiement important, la formule professionnelle de Withings mérite d’être étudiée.
Ce qu’il faut retenir
Nouveaux comptes : l’export continu se paie. Anciens comptes : rien ne change. Consultation et PDF : toujours gratuits.
Le sujet, pour un dirigeant, n’est pas le débat juridique, qui reste ouvert. C’est le coût d’usage d’un objet connecté. L’appareil mesure, l’application affiche, et le transfert vers un autre service est devenu un abonnement pour les nouveaux utilisateurs. Mieux vaut le savoir avant de signer un bon de commande que le découvrir sur dix comptes.
Il serait imprudent de promettre aux équipes que la règle « va être annulée parce qu’elle est illégale ». Aucune décision n’a été rendue. En attendant, la règle commerciale s’applique.
Plus largement, l’épisode rappelle une tendance de fond : les fabricants d’objets connectés cherchent à transformer une partie des fonctions autrefois incluses en services payants. Lire les conditions d’abonnement fait désormais partie de l’achat d’un appareil, au même titre que ses caractéristiques techniques.
Questions fréquentes
Mon compte Withings actuel doit-il payer ?
Non, s’il a été créé avant le 13 octobre 2026. Withings assure que ces comptes ne seront jamais concernés par ce changement.
Combien coûte Withings+ ?
Aux États-Unis, 9,95 dollars par mois ou 99,50 dollars par an. Le tarif en euros s’affiche dans l’application Withings.
Puis-je toujours voir mes mesures sans abonnement ?
Oui. L’accès aux données dans l’application Withings reste gratuit, quel que soit le statut d’abonnement, tout comme l’export en PDF.
Quelles applications sont concernées ?
Withings cite Apple Santé et Health Connect, ainsi que les applications partenaires en général. Pour un nouveau compte, la synchronisation vers ces services demande Withings+.
Cette décision est-elle illégale ?
Aucune décision ne l’a établi. Le Data Act prévoit un partage gratuit des données des objets connectés avec un tiers, ce qui pose question, mais aucune autorité ne s’est prononcée sur ce cas.
Faut-il recréer les comptes de l’équipe ?
Non. Un compte recréé perdrait la synchronisation gratuite. Il faut au contraire conserver les comptes ouverts avant le 13 octobre.
- Withings — Page d’assistance Partner Apps, What is Apple Health, octobre 2026.
- Withings — Présentation et tarifs de Withings+.
- Gadgets & Wearables — Ivan Jovin, Withings réserve la synchronisation Apple Santé à Withings+ pour les nouveaux utilisateurs, 13 octobre 2026.
- CNIL — Le règlement sur les données (Data Act), un nouveau cadre européen pour le partage des données.
WY-Créations accompagne depuis 2018 les artisans, les TPE, les PME et les professions libérales dans leur référencement sur Google, leur présence dans les réponses des IA et leur e-réputation.
Le vrai prix d’un outil se lit dans ses conditions.
Outils numériques, objets connectés, données, référencement : WY-Créations aide les dirigeants à anticiper les coûts cachés et à faire les bons choix avant de s’équiper.