Blocages de sites pirates :
le bilan Arcom 2026 et ce qui change.
Le bilan annuel publié le 23 mars 2026 a remplacé les estimations provisoires par des chiffres définitifs, et il raconte deux histoires simultanées. Le piratage recule réellement pour la première fois depuis des années. Et la stratégie de blocage a changé de nature : elle ne vise plus les sites mais les intermédiaires qui permettent d’y accéder.
Les chiffres du bilan
Les données définitives dépassent nettement les estimations communiquées lors de l’audition parlementaire de l’automne 2025.
- Environ 15 200 noms de domaine bloqués depuis 2022, au terme de 19 320 dossiers traités.
- Plus de 6 500 blocages pour la seule année 2025, soit davantage que la moitié du total depuis la création de l’autorité.
- Une progression de 71 % par rapport à l’année précédente.
- 6 496 domaines liés au sport bloqués en 2025.
- Pour comparaison, 3 797 services de diffusion illégale d’événements sportifs avaient été visés en 2024.
- La part des demandes de blocage ciblant spécifiquement des services de télévision par internet est passée de 6 % en 2023 à 28 % en 2024, puis à 40 % sur les trois premiers trimestres de 2025.
Une précision de vocabulaire évite un contresens fréquent. Bloquer un nom de domaine ne supprime pas le site : celui-ci continue d’exister et reste accessible depuis l’étranger. Le blocage agit sur la traduction du nom en adresse technique, opération réalisée par le fournisseur d’accès. C’est un barrage sur le chemin, pas une démolition de la destination, ce qui explique à la fois son efficacité partielle et la facilité de son contournement.
Cette dernière progression résume l’évolution du phénomène. Le partage de fichiers en réseau, longtemps au cœur du dispositif de réponse graduée, ne constitue plus l’essentiel du problème. Les usages se sont déplacés vers la diffusion en direct, et particulièrement vers les services de télévision par internet qui proposent des milliers de chaînes pour quelques dizaines d’euros par an.
Le chiffre de cinq mille blocages, largement repris à l’automne 2025, correspondait à un décompte partiel en cours d’année. Le total définitif pour 2025 dépasse six mille cinq cents.
Le piratage recule vraiment
C’est le résultat le plus notable du bilan, et il tranche avec le discours d’impuissance qui accompagne habituellement ces sujets.
L’audience des services illicites est passée de huit millions d’internautes en 2024 à sept millions sept cent mille en 2025. Le recul atteint quatre pour cent sur l’année, et trente-quatre pour cent depuis 2021. Sur le segment sportif, où les moyens ont été les plus concentrés, la baisse du streaming illicite est évaluée à environ soixante-dix pour cent entre 2021 et 2026.
Ces résultats méritent d’être soulignés parce qu’ils contredisent une idée répandue : celle selon laquelle bloquer un site n’aurait aucun effet puisqu’il réapparaîtrait aussitôt ailleurs. Les miroirs existent bel et bien, mais chaque blocage ajoute une friction, et l’accumulation de ces frictions décourage progressivement une partie des utilisateurs occasionnels.
Une réserve méthodologique mérite d’être posée. Ces mesures d’audience reposent sur des enquêtes déclaratives, où l’on demande à des internautes s’ils ont recours à des services illicites. Or la pression réglementaire et médiatique croissante peut réduire la propension à l’avouer sans réduire la pratique elle-même. La tendance à la baisse est cohérente sur plusieurs années et corroborée par les données de trafic, mais son ampleur exacte reste discutable.
La nuance s’impose néanmoins : un internaute sur quatre déclare encore pirater, et sept millions sept cent mille personnes restent concernées. Le phénomène recule sans disparaître, et il se professionnalise du côté de ceux qui le proposent.
Toute la chaîne technique visée
Voici le changement stratégique le plus important, et il s’est construit par étapes successives depuis 2022.
Le dispositif initial reposait sur les fournisseurs d’accès à internet, tenus de bloquer certains noms de domaine. Les utilisateurs ont contourné cette mesure en changeant de résolveur, ce petit service qui traduit une adresse écrite en adresse technique. Le régulateur a donc étendu son action.
Les moteurs de recherche ont été inclus en 2023, avec obligation de déréférencer les sites concernés. Les résolveurs publics ont suivi en 2024. Les fournisseurs de réseaux privés virtuels ont été ajoutés en 2025. Le volume des notifications reflète cette hiérarchie : plus de cinq mille deux cents adressées aux fournisseurs de résolution, plus de mille huit cents aux moteurs de recherche, et moins de six cents aux réseaux privés.
Un épisode illustre la portée de ces décisions. Condamnés en 2024 à filtrer environ cent dix-sept domaines sportifs, trois grands fournisseurs de résolution ont dû modifier leurs réponses pour les internautes français. L’un d’eux a préféré retirer purement et simplement son service du territoire le 28 juin 2024. La cour d’appel de Paris a confirmé ces blocages le 27 mars 2026.
Les VPN désormais concernés
L’extension aux réseaux privés virtuels constitue le développement le plus commenté, et une série de décisions l’a progressivement installée.
- Depuis mai 2025, la justice française impose aux principaux fournisseurs de bloquer eux-mêmes certains sites de diffusion sportive illégale.
- Le 18 juillet 2025, une nouvelle décision a visé les mêmes services pour d’autres retransmissions.
- Le 14 janvier 2026, un diffuseur a obtenu de deux fournisseurs majeurs le blocage de seize services diffusant un championnat étranger.
- En avril 2026, sept décisions rendues le même jour ont ajouté trente-cinq nouveaux sites, opposables aux fournisseurs d’accès comme aux réseaux privés.
- Le 12 janvier 2026, une ordonnance a imposé à un résolveur public le blocage de dix-neuf domaines pendant toute une saison de compétition européenne, avec possibilité d’en ajouter en cours de route.
Cette dernière décision mérite attention pour sa portée juridique. Elle transforme un opérateur d’infrastructure mondiale en auxiliaire du filtrage de contenus, et surtout elle instaure une liste évolutive plutôt qu’une liste figée. Le contrôle judiciaire s’exerce sur le principe, non sur chaque ajout, ce qui constitue une évolution notable du régime applicable.
Ces outils conservent des usages parfaitement légitimes : sécuriser une connexion sur un réseau public, protéger des échanges professionnels, contourner une censure politique. Le débat porte sur leur détournement, pas sur leur existence.
Les résistances et les limites
Le dispositif rencontre des obstacles, et le bilan les mentionne avec une franchise inhabituelle.
Le régulateur salue la coopération de certains acteurs et déplore celle d’autres. Un grand fournisseur d’infrastructure n’exécuterait que huit pour cent des demandes de blocage qui lui sont adressées. Ce chiffre, publié dans le bilan, illustre la difficulté d’imposer des obligations nationales à des opérateurs dont l’infrastructure est mondiale et le siège étranger.
Le contournement reste par ailleurs largement pratiqué, particulièrement parmi les plus jeunes. Près de la moitié des utilisateurs de dix-huit à vingt-quatre ans adeptes de ces services déclarent employer des outils pour passer outre les blocages. Le réflexe s’est banalisé, ce qui limite mécaniquement l’efficacité d’une mesure prise site par site.
Enfin, le rythme de création des sites miroirs dépasse celui des blocages. Une adresse fermée réapparaît sous une autre en quelques heures, alors que la procédure de blocage demande des jours ou des semaines. C’est précisément ce décalage que le dispositif suivant entend corriger.
Le blocage en temps réel
C’est le projet qui structure la suite, et il change la nature du dispositif bien plus que les précédentes extensions.
Le principe consiste à intervenir directement sur les adresses techniques plutôt que sur les noms de domaine, et à déclencher le blocage pendant la diffusion elle-même. Les ayants droit détectent les flux illicites, le blocage suit dans les minutes qui suivent, sans validation humaine préalable systématique. L’enjeu est évident pour une retransmission sportive dont la valeur se concentre sur quatre-vingt-dix minutes.
Le modèle revendiqué est italien. Un dispositif comparable y fonctionne depuis plusieurs années, avec des résultats sur la rapidité mais aussi des incidents documentés de blocages excessifs ayant rendu inaccessibles des services parfaitement légitimes. Une adresse technique héberge souvent des dizaines de sites sans rapport entre eux.
Un autre pan du dispositif progresse en parallèle : le déréférencement par les moteurs de recherche. Le 11 décembre 2025, une liste de plus de six cents adresses a été transmise à l’un d’eux, ramenée à trois cent vingt-six portails distincts après élimination des doublons. Ne plus apparaître dans les résultats de recherche prive un site pirate de l’essentiel de son trafic entrant, sans qu’aucun blocage technique ne soit nécessaire.
Le calendrier français dépend d’une proposition de loi et n’est pas définitivement arrêté. Le régulateur anticipe par ailleurs une recrudescence des diffusions illicites à l’approche des grandes compétitions internationales, ce qui pèse sur le calendrier politique du texte.
Ce que risque un utilisateur
Une fiche d’information publiée par le régulateur le 7 janvier 2026 précise la situation des utilisateurs, souvent mal comprise.
- La technologie de diffusion par internet est un simple protocole, parfaitement légal, employé par tous les services de télévision légitimes.
- C’est l’usage de services diffusant sans autorisation qui est en cause, et onze pour cent des internautes français déclarent y avoir eu recours.
- Le régulateur rappelle que ces utilisateurs s’exposent à des poursuites.
- Il alerte surtout sur des risques directs : exposition des données personnelles et des moyens de paiement communiqués lors de la souscription.
- Du côté des revendeurs, les condamnations sont établies : des peines d’un an d’emprisonnement et quinze mille euros d’amende ont été prononcées.
- Les sanctions envisagées pour les opérateurs de plateformes atteignent des montants nettement supérieurs.
Une distinction juridique importante sépare deux situations. Le revendeur, qui commercialise des accès et en tire un profit, s’expose à des poursuites pénales lourdes et effectivement engagées. L’utilisateur final, lui, relève d’un régime différent et n’a jusqu’ici fait l’objet que de poursuites très rares en France. Les communications officielles rappellent le risque juridique, mais la réalité des procédures montre une concentration des moyens sur ceux qui organisent la diffusion.
Le risque le plus concret pour un utilisateur n’est probablement pas judiciaire. Souscrire un abonnement auprès d’un service clandestin suppose de communiquer une adresse électronique et des coordonnées bancaires à un opérateur anonyme, sans aucune garantie sur leur traitement. Les applications préinstallées sur certains boîtiers vendus anonymement posent des problèmes comparables, ainsi que le montre notre article sur une application de diffusion arrivée en tête des téléchargements malgré les contrôles.
Ce type de service constitue un vecteur d’attaque comme un autre, dans un contexte où les compromissions se multiplient, ainsi que le montre notre article sur un rançongiciel ayant paralysé des dizaines d’établissements scolaires.
Ce qu’on nous demande le plus souvent.
Combien de sites ont été bloqués ?
Environ 15 200 noms de domaine depuis 2022, au terme de 19 320 dossiers traités. L’année 2025 concentre à elle seule plus de 6 500 blocages, soit une progression de 71 % par rapport à l’année précédente, dont 6 496 domaines liés au sport.
Ces blocages servent-ils à quelque chose ?
Les chiffres indiquent que oui. L’audience des services illicites est passée de huit millions d’internautes en 2024 à sept millions sept cent mille en 2025, avec un recul de 34 % depuis 2021. Sur le segment sportif, la baisse atteindrait environ 70 % entre 2021 et 2026.
Les VPN sont-ils devenus illégaux ?
Non. Ces outils conservent des usages parfaitement légitimes. Depuis mai 2025, la justice impose en revanche aux principaux fournisseurs de bloquer eux-mêmes certains sites de diffusion sportive illégale, décisions renouvelées à plusieurs reprises depuis.
L’IPTV est-elle illégale ?
Non, c’est un simple protocole employé par tous les services de télévision légitimes. Ce sont les services diffusant sans autorisation qui sont en cause. Onze pour cent des internautes français déclarent avoir eu recours à de telles plateformes.
Que risque concrètement un utilisateur ?
Le régulateur rappelle l’exposition à des poursuites, mais alerte surtout sur un risque plus immédiat : la communication de données personnelles et de coordonnées bancaires à un opérateur anonyme, sans aucune garantie sur leur traitement. Des revendeurs ont été condamnés à un an de prison et 15 000 euros d’amende.
Qu’est-ce que le blocage en temps réel ?
Un dispositif visant les adresses techniques plutôt que les noms de domaine, déclenché pendant la diffusion elle-même. Inspiré d’un modèle italien, il gagne en rapidité mais soulève un risque de blocage excessif, un serveur mutualisé hébergeant souvent de nombreux sites indépendants. Son calendrier n’est pas arrêté.
- Bilan annuel de l’Arcom publié le 23 mars 2026, relatif aux blocages ordonnés depuis 2022 et à l’audience des services illicites.
- Fiche d’information publiée par le régulateur le 7 janvier 2026 sur la télévision par internet et les risques encourus par les utilisateurs.
- Décisions judiciaires relatives au filtrage par les résolveurs publics, confirmées par la cour d’appel de Paris le 27 mars 2026.
- Ordonnances rendues par le tribunal judiciaire de Paris les 12 et 14 janvier 2026, et série de décisions d’avril 2026 relatives aux fournisseurs de réseaux privés virtuels.
- Loi du 25 octobre 2021 relative à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique.
- Auditions parlementaires de l’automne 2025 et proposition de loi relative au blocage dynamique des retransmissions sportives.
WY-Créations conçoit des sites internet et construit des stratégies de visibilité pour les artisans, les TPE, les PME et les professions libérales depuis 2018. Les chiffres définitifs du bilan annuel remplacent les estimations provisoires communiquées en cours d’année, et les estimations de pertes économiques sont signalées comme des ordres de grandeur. Pour aller plus loin : les avis clients, à propos de l’agence ou nous écrire.
Vos données bancaires circulent-elles sur des services anonymes ?
Souscrire auprès d’un opérateur clandestin suppose de lui confier une adresse électronique et des coordonnées de paiement, sans aucune garantie sur leur traitement. C’est souvent le risque le plus immédiat.