New York Times contre Perplexity : la plainte pour violation de droits d'auteur qui relance le débat IA et médias
20 milliards de dollars de valorisation, 22 millions d'utilisateurs, et maintenant une plainte de 100 pages du New York Times. Le 5 décembre 2025, le quotidien américain a attaqué Perplexity AI devant la cour fédérale de New York pour violation massive de droits d'auteur. Cette affaire pourrait redéfinir les règles du jeu entre géants de l'IA et médias traditionnels. Analyse complète.
Dans cet article
Les faits reprochés : scraping massif et systématique
La plainte du New York Times, longue de 100 pages, dénonce ce qu'elle qualifie de "modèle économique fondé sur la copie illégale à grande échelle". Perplexity, fondée en 2022 par Aravind Srinivas, est accusée d'avoir systématiquement ignoré les protocoles de protection du journal pour extraire ses contenus — une pratique qui entre en collision directe avec le droit des médias à protéger leurs œuvres, comme l'analyse notre dossier sur l'influence des Big Tech sur la politique numérique européenne.
Qu'est-ce que Perplexity AI ?
Perplexity est un moteur de recherche conversationnel qui utilise l'IA pour répondre aux questions des utilisateurs. Contrairement à Google qui affiche des liens, Perplexity génère directement des réponses synthétiques en s'appuyant sur des sources web. Son système de RAG (Retrieval-Augmented Generation) extrait, résume et reproduit des extraits d'articles pour construire ses réponses.
Ce que le NYT reproche concrètement
- Contournement des protocoles anti-scraping : Perplexity aurait ignoré les fichiers robots.txt et utilisé des adresses IP masquées pour accéder aux contenus
- Extraction d'articles payants : Des contenus derrière le paywall du NYT auraient été récupérés sans autorisation
- Reproduction verbatim : Des extraits entiers d'articles sont reproduits mot pour mot dans les réponses IA
- Utilisation commerciale sans licence : Ces contenus servent un service facturé aux utilisateurs premium
Lettres restées sans réponse : Le NYT affirme avoir envoyé des mises en demeure en octobre 2024 et juillet 2025. Perplexity n'aurait pas donné suite, continuant ses pratiques malgré les objections répétées du journal.
Les accusations précises
La plainte détaille plusieurs infractions présumées au droit américain. Elles couvrent à la fois la reproduction non autorisée, le contournement technique et la concurrence déloyale — un panel d'accusations qui reflète la complexité des enjeux entre un web où l'IA génère désormais plus de la moitié des contenus.
| Accusation | Base juridique | Exemples cités |
|---|---|---|
| Violation du Copyright Act | Reproduction non autorisée d'œuvres protégées | Millions d'articles copiés pour entraîner et alimenter l'IA |
| Contournement technique | DMCA (mesures anti-contournement) | Bypass des robots.txt, IP masquées, accès paywall |
| Dilution de marque | Trademark violation | Logo NYT affiché dans des réponses contenant des erreurs |
| Concurrence déloyale | Unfair competition | Service commercial substituant l'original sans compensation |
Perplexity fournit des produits commerciaux qui se substituent au NYT, en utilisant notre contenu sans permission, malgré nos objections répétées.
Le problème des "hallucinations" IA
Au-delà du scraping, le NYT reproche à Perplexity un phénomène particulièrement dommageable : les hallucinations. L'IA génère parfois des contenus fictifs qu'elle attribue faussement au journal, avec son logo et sa marque. Un risque de désinformation aggravé dans un contexte où la désinformation coûte déjà 417 milliards de dollars par an à l'économie mondiale.
Qu'est-ce qu'une hallucination IA ?
Une hallucination se produit quand une IA génère des informations fausses ou inventées en les présentant comme factuelles. Dans le cas de Perplexity, des synthèses d'articles inexistants ont été créées et attribuées au NYT, trompant les utilisateurs sur la source et la véracité des informations.
Pourquoi c'est grave pour le NYT
- Confusion des lecteurs : Les utilisateurs croient lire du contenu vérifié par le NYT alors qu'il est inventé
- Atteinte à la réputation : Des informations fausses sont associées à la marque du journal
- Dilution de la confiance : La crédibilité construite sur 170 ans de journalisme est mise en danger
Exemple documenté dans la plainte : Des synthèses fictives d'enquêtes inexistantes ont été générées et présentées avec le logo du New York Times, créant un risque majeur de désinformation à grande échelle.
Perplexity, cible privilégiée des éditeurs
Le New York Times n'est pas seul à attaquer la startup. Une vague de procès déferle sur Perplexity depuis plusieurs mois, dans un contexte plus large de tensions entre médias et IA générative — tensions que l'on retrouve dans l'étude sur les raisons pour lesquelles ChatGPT cite certains sites plus souvent.
Cette vague s'inscrit dans plus de 40 affaires aux États-Unis opposant détenteurs de droits et entreprises IA. En septembre 2025, Anthropic a réglé un litige pour 1,5 milliard de dollars, reconnaissant l'utilisation non autorisée de livres protégés pour entraîner Claude. Ce règlement historique a créé un précédent que les éditeurs comptent bien exploiter.
Réactions des deux camps
?️ Position du New York Times
Graham James, porte-parole du journal, insiste sur la nécessité d'une IA éthique : le journal croit en l'IA, mais s'oppose fermement à l'usage non licencié de son travail, qui menace sa viabilité économique.
Le NYT réclame des dommages statutaires, la restitution des profits générés, et une injonction permanente bloquant l'accès à ses contenus.
? Défense de Perplexity
Jesse Dwyer, responsable communication, balaie les accusations : la startup affirme indexer des pages web avec citations, comme tout moteur de recherche, et accuse ces poursuites de vouloir freiner l'innovation.
Perplexity met en avant son "Publishers' Program" lancé en 2024, qui partage des revenus publicitaires avec des partenaires comme TIME ou Gannett — mais pas le NYT.
Les éditeurs attaquent pour forcer des licences, comme cela s'est passé avec la radio ou internet.
Impacts pour l'industrie
Pour les médias
L'enjeu est existentiel. Les outils comme Perplexity cannibalisent le trafic des éditeurs : les utilisateurs obtiennent des réponses synthétiques sans jamais cliquer vers l'article original. Selon Axios, cela représente une chute estimée de 25 % des visites organiques pour les médias — une tendance cohérente avec l'analyse de la façon dont Google Discover a bouleversé la presse en ligne.
- Moins de clics → moins de revenus publicitaires
- Moins de pages vues → moins d'abonnements convertis
- Moins de revenus → moins de moyens pour le journalisme d'investigation
Chiffre clé (Similarweb, Q3 2025) : Les réponses IA réduisent les clics organiques de 20 à 30 % pour les sites médias. Les utilisateurs trouvent leur réponse dans la synthèse IA et ne visitent jamais la source originale.
Pour l'industrie IA
Le scraping web est le socle de modèles comme le RAG de Perplexity. Si les tribunaux imposent des licences obligatoires, le modèle économique de nombreuses startups IA devra être repensé. Les conséquences pourraient être directes : augmentation des coûts IA de 10 à 15 %, accélération des partenariats media-IA, redéfinition des règles d'indexation pour tous les acteurs du secteur.
Scénarios possibles
? Scénario optimiste
Règlement à l'amiable comme Anthropic (1,5 Md$). Perplexity négocie des licences avec les éditeurs majeurs et intègre le NYT à son Publishers' Program avec partage de revenus significatif.
Conséquence : L'industrie IA et les médias trouvent un modèle de coexistence économique viable.
? Scénario pessimiste
Victoire du NYT avec injonction permanente. Le tribunal impose des restrictions sévères sur le scraping, créant un précédent contraignant pour toute l'industrie IA.
Conséquence : Les coûts IA augmentent de 10-15 %, freinant l'innovation et la concurrence face aux géants comme Google ou OpenAI.
En Europe : Le Digital Services Act (DSA) pourrait amplifier ces tendances. Les médias européens, dont les français comme Le Monde ou Le Figaro, observent attentivement cette affaire pour adapter leur stratégie face aux IA génératives.
La plainte du New York Times contre Perplexity n'est pas un épiphénomène. Elle cristallise la tension entre avancée technologique et préservation du travail journalistique. Pour les entreprises, créer du contenu original, signé par des experts identifiables, reste la stratégie la plus sûre — c'est exactement ce que les règles E-E-A-T de Google récompensent, et ce que les tribunaux protègent.
? Leçons pour les entreprises et créateurs de contenu
- Protégez vos contenus : implémentez des balises anti-scraping avancées et surveillez l'utilisation de vos textes par les IA
- Documentez vos créations : horodatez vos publications, conservez les versions originales pour prouver l'antériorité
- Investissez dans l'original : les contenus uniques, expertises terrain et données propriétaires restent la meilleure protection
- Suivez la jurisprudence : les décisions de ces procès définiront les règles du jeu pour les années à venir
Un site avec du contenu original protégé ?
WY-Créations® crée des sites avec du vrai contenu, signé par des experts, pensé pour durer face à l'évolution des moteurs de recherche et du droit.
Demander un devis gratuitQuestions fréquentes
Pourquoi le New York Times attaque-t-il Perplexity AI ?
Le NYT accuse Perplexity d'avoir copié et distribué illégalement des millions d'articles protégés pour alimenter son moteur de recherche IA, sans autorisation ni rémunération. La plainte dénonce un contournement des protocoles anti-scraping et l'extraction d'articles derrière paywall.
Quelles sont les conséquences possibles de ce procès ?
Un verdict en faveur du NYT pourrait créer un précédent juridique majeur, imposant des licences obligatoires pour le scraping de contenus éditoriaux par les IA. Cela pourrait augmenter les coûts des entreprises IA de 10-15 % et accélérer les négociations de partenariats avec les médias.
Perplexity est-il le seul visé par les médias ?
Non. Plus de 40 affaires opposent actuellement des détenteurs de droits à des entreprises IA aux États-Unis. Perplexity fait face à des plaintes du Chicago Tribune, Dow Jones, Encyclopedia Britannica et Reddit. Le NYT avait déjà attaqué OpenAI et Microsoft en 2023.
Qu'est-ce qu'une hallucination IA et pourquoi pose-t-elle problème au NYT ?
Une hallucination IA se produit quand le système génère des informations fausses présentées comme vraies. Dans ce cas, Perplexity aurait créé des synthèses d'articles inexistants en les attribuant au NYT, avec son logo. Cela créé un risque de désinformation et porte atteinte à la réputation du journal.
Comment les entreprises peuvent-elles protéger leur contenu face aux IA ?
Plusieurs mesures s'imposent : implémenter des fichiers robots.txt précis, surveiller l'utilisation de ses textes par les IA, horodater les publications, et surtout créer du contenu original avec une expertise identifiable. Les règles E-E-A-T de Google et les tribunaux récompensent et protègent ce type de contenu.
? Sources