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ChatGPT, Gemini et Claude
les chatbots IA peuvent-ils vendre 3 fois mieux que la recherche classique ?

Une étude prépubliée en avril 2026 par trois chercheurs de Princeton apporte une réponse beaucoup plus précise que le titre spectaculaire qui a circulé. Dans une expérience contrôlée portant sur 2 012 participants, un agent conversationnel explicitement programmé pour promouvoir des produits sponsorisés a fait choisir ces produits à 61,2 % des participants, contre 22,4 % avec une recherche traditionnelle. Le résultat est majeur, mais il ne signifie pas que ChatGPT, Gemini ou Claude « vendent naturellement trois fois mieux ». Ce qui produit l’effet n’est pas le chatbot seul : c’est l’instruction persuasive donnée au modèle. Mise à jour : 8 septembre 2026·12 min de lecture·Florence Salmon
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L’étude de Princeton ne démontre pas qu’une IA conversationnelle est automatiquement plus efficace qu’une publicité classique. Elle montre qu’un modèle auquel on demande expressément d’orienter un utilisateur vers certains produits peut le faire avec une efficacité très supérieure à un placement sponsorisé traditionnel, tout en restant difficile à détecter. C’est cette capacité de persuasion intégrée à la conversation qui constitue le véritable sujet.

Ce que l’étude Princeton a réellement testé

L’étude « Commercial Persuasion in AI-Mediated Conversations », mise en ligne en avril 2026, a été menée par Francesco Salvi, Alejandro Cuevas et Manoel Horta Ribeiro à Princeton. Elle repose sur deux expériences préenregistrées réunissant au total 2 012 participants. Ceux-ci devaient choisir un livre électronique parmi un véritable catalogue Kindle, avec la perspective de recevoir réellement le livre sélectionné.

Les chercheurs avaient désigné aléatoirement 20 % des ouvrages comme « sponsorisés ». Ces livres n’étaient pas meilleurs, moins chers ou plus adaptés que les autres : leur statut sponsorisé était créé uniquement pour l’expérience. Les participants utilisaient soit une interface de recherche traditionnelle, soit un agent conversationnel reposant sur un grand modèle de langage.

Le protocole permet donc d’isoler plusieurs choses. Une première condition plaçait simplement les produits sponsorisés en tête d’une recherche classique. Une autre utilisait un chatbot sans instruction de persuasion particulière. D’autres conditions demandaient au modèle de favoriser les produits sponsorisés, soit ouvertement, soit de manière plus discrète.

Le résultat important est que le simple fait de converser avec une IA n’augmente pas radicalement le choix des produits sponsorisés. Dans la condition « Chat-Placement », où le chatbot restait neutre tout en présentant les produits, 26,8 % des participants choisissaient un produit sponsorisé. Ce résultat reste beaucoup plus proche des 22,4 % observés dans la recherche classique que des 61,2 % obtenus lorsque le modèle recevait une véritable consigne persuasive.

Autrement dit, le problème étudié n’est pas « ChatGPT contre Google ». C’est la possibilité de transformer un assistant conversationnel en vendeur invisible. Cette nuance est essentielle au moment où la publicité arrive réellement dans ChatGPT.

L’étude devient encore plus pertinente avec le développement de l’achat directement intégré aux conversations. Plus l’assistant intervient près du moment de décision, plus la question de la frontière entre recommandation, classement et influence commerciale devient importante.

Recherche classique

22,4 %
Produits sponsorisés choisis

Chatbot neutre

26,8 %
Effet limité sans consigne persuasive

Chatbot persuasif

61,2 %
Près de trois fois le niveau de la recherche classique

Produits sponsorisés

20 %
Du catalogue dans l’expérience

Les chiffres à retenir

Le chiffre de 61,2 % est le plus spectaculaire, mais ce n’est pas le seul enseignement. Les chercheurs ont également mesuré si les participants percevaient qu’ils étaient orientés commercialement. Même lorsque le modèle recevait une forte consigne persuasive, la majorité des utilisateurs ne détectait pas clairement le biais.

Dans une condition où l’intention persuasive était visible, la détection atteignait 17,9 %. Lorsque le modèle était explicitement chargé de cacher son intention, elle chutait à 9,5 %. Dans cette configuration discrète, la persuasion restait pourtant forte : 40,7 % des participants choisissaient toujours un produit sponsorisé.

L’expérience avec avertissement est également importante. Une mention indiquant explicitement que des produits sponsorisés seraient promus réduisait peu l’effet : 55,5 % des participants choisissaient encore un produit sponsorisé. Les auteurs en concluent que le simple affichage d’un label peut être insuffisant lorsqu’une recommandation commerciale est intégrée au raisonnement conversationnel lui-même.

Ces résultats doivent être lus comme ceux d’une expérience contrôlée, pas comme des taux de conversion publicitaires réels observés dans ChatGPT, Gemini ou Claude. Ils mesurent la capacité de persuasion des modèles lorsqu’ils sont programmés à cet effet. Ils ne mesurent ni le rendement d’une campagne ChatGPT Ads, ni le taux d’achat moyen d’un utilisateur recevant une recommandation IA.

La question des biais de visibilité dépasse d’ailleurs la publicité. Une étude sur les sites plus souvent cités dans ChatGPT montre déjà que les entreprises doivent comprendre comment les systèmes d’IA sélectionnent, hiérarchisent et restituent les sources.

Persuasion visible

17,9 %
Détection de l’intention

Persuasion masquée

9,5 %
Détection de l’intention

Intention masquée

40,7 %
Choix de produits sponsorisés

Avec avertissement

55,5 %
Choix de produits sponsorisés

NE PAS CONFONDRE

« Près de trois fois plus de produits sponsorisés choisis dans cette expérience » n’équivaut pas à « trois fois plus de ventes dans la vraie vie ». L’étude mesure une décision expérimentale, dans un catalogue de livres, avec un protocole précis.

Les cinq modèles testés

Les chercheurs ont utilisé cinq modèles de pointe afin d’éviter que le résultat dépende d’un seul fournisseur : GPT-5.2, Claude Opus 4.5, Gemini 3 Pro, DeepSeek v3.2 et Qwen3 235B. Le fait qu’ils aient pu reproduire des comportements persuasifs sur plusieurs familles de modèles renforce l’intérêt de l’étude.

La formulation de la version précédente, selon laquelle « tous les modèles ont échoué », était toutefois trompeuse. Les modèles n’étaient pas soumis à un test où ils devaient refuser la publicité. Ils recevaient précisément l’instruction d’orienter le choix de l’utilisateur vers certains produits. L’expérience étudiait leur efficacité persuasive, pas leur résistance à une attaque.

La conclusion raisonnable est donc différente : plusieurs grands modèles sont capables d’exécuter efficacement une stratégie de persuasion commerciale lorsque le système qui les pilote leur demande de le faire.

Cette capacité prend de l’importance à mesure que l’usage se généralise. L’évolution de Gemini face à ChatGPT en nombre d’utilisateurs illustre la vitesse à laquelle les assistants conversationnels deviennent des interfaces ordinaires pour chercher, comparer et décider.

GPT-5.2

Modèle OpenAI utilisé dans l’expérience

Claude Opus 4.5

Modèle Anthropic utilisé dans l’expérience

Gemini 3 Pro

Modèle Google utilisé dans l’expérience

DeepSeek v3.2

Modèle DeepSeek utilisé dans l’expérience

Qwen3 235B

Cinquième famille de modèle testée

Ce qui change avec ChatGPT Ads en 2026

Le contexte publicitaire a profondément changé depuis la première rédaction de cet article. OpenAI n’a pas lancé les publicités dans ChatGPT en décembre 2025. L’entreprise a annoncé son approche publicitaire le 16 janvier 2026, puis commencé le test aux États-Unis le 9 février 2026 sur les offres Free et Go.

Le 5 mai, OpenAI a annoncé de nouvelles possibilités d’achat publicitaire, dont les enchères au coût par clic, des outils de mesure supplémentaires, des partenaires technologiques et un Ads Manager en libre-service alors encore en bêta. Adobe, Criteo, Kargo, Pacvue et StackAdapt figurent notamment parmi les partenaires technologiques annoncés.

L’évolution décisive pour la France est intervenue en août. Le 18 août 2026, OpenAI a annoncé l’extension de ChatGPT Ads à 31 marchés européens, dont la France. Depuis le 31 août, les annonceurs de ces marchés peuvent accéder directement à Ads Manager. Au 8 septembre 2026, la publicité dans ChatGPT n’est donc plus un scénario futur pour le marché français.

Cette nouvelle offre change nécessairement la stratégie des sites e-commerce. La visibilité ne passe plus uniquement par Google, les réseaux sociaux ou les comparateurs : elle peut désormais apparaître au moment même où un utilisateur décrit son besoin et compare plusieurs options dans une conversation.

Elle ouvre aussi une nouvelle phase de concurrence avec les acteurs historiques, dans un paysage déjà bouleversé par les décisions visant Google et son poids dans la publicité en ligne.

Persuasion expérimentale et publicité réelle : la différence

C’est le point le plus important pour actualiser correctement l’article. L’étude Princeton met volontairement le modèle dans le rôle du vendeur : le même agent qui répond à l’utilisateur reçoit la mission de favoriser certains produits. C’est précisément ce qui permet aux chercheurs de mesurer le risque d’une publicité intégrée au contenu conversationnel.

Le système publicitaire actuellement décrit par OpenAI repose sur une séparation différente. Selon sa documentation, les annonces n’influencent pas les réponses de ChatGPT. Elles sont générées par un système publicitaire distinct, apparaissent séparément de la réponse et portent une mention sponsorisée. Les annonceurs ne peuvent pas payer pour modifier, classer ou orienter la réponse produite par le modèle.

On ne peut donc pas utiliser l’étude Princeton pour affirmer que les publicités actuelles de ChatGPT font acheter 61,2 % des utilisateurs. Ce serait scientifiquement faux. L’étude montre plutôt pourquoi la séparation entre réponse et publicité est une protection structurelle importante : si cette frontière disparaissait, les modèles disposent manifestement d’une capacité de persuasion commerciale très forte.

Ce que cela change pour les consommateurs

Les assistants IA prennent une place croissante dans les parcours d’achat. Une étude IBM Institute for Business Value et National Retail Federation publiée en janvier 2026 indique que 40 % des consommateurs français utilisent désormais des applications d’IA pour les guider dans leurs achats. L’usage va de la recherche de produits à la comparaison des offres et à la recherche de promotions.

La question « ce produit est-il sponsorisé ? » peut être utile, mais elle ne remplace pas la vérification. Pour un achat important, il reste préférable de demander les critères utilisés, de comparer plusieurs options, de vérifier les prix directement sur les sites concernés et de consulter des sources indépendantes.

Les risques ne se limitent pas à l’influence commerciale légitime. Les fraudes liées à l’IA dans le e-commerce montrent que les mêmes outils peuvent être utilisés pour créer des contenus trompeurs, des faux justificatifs ou des scénarios plus convaincants.

La confiance dans les assistants reste par ailleurs ambivalente. Notre analyse sur la perception de l’IA par les citoyens montre que l’adoption progresse en même temps que les interrogations sur la fiabilité, les biais et la place laissée à la décision humaine.

Ce que cela change pour les entreprises

Pour les entreprises, le changement est plus profond qu’un nouveau format publicitaire. Une partie croissante de la décision se déroule désormais avant la visite du site : l’utilisateur explique son besoin à une IA, demande une sélection, élimine certaines options puis arrive éventuellement sur le site avec une intention déjà structurée.

Cela renforce l’intérêt d’un contenu lisible par les moteurs et les IA : informations produits précises, prix, conditions, preuves, données structurées, réputation de marque et contenus capables de répondre aux questions réelles des clients. Acheter de la publicité dans ChatGPT peut créer une visibilité supplémentaire, mais cela ne remplace pas la capacité d’une entreprise à être comprise et citée naturellement.

Cette évolution se rattache directement aux changements déjà observés dans le référencement avec les réponses générées par l’IA. Le parcours classique « requête, liste de liens, clic » devient progressivement un parcours « question, synthèse, comparaison, décision ».

Les entreprises devront également surveiller la transparence et la conformité. Les données utilisées pour personnaliser une expérience commerciale, les mentions sponsorisées et les mécanismes de recommandation s’inscrivent dans un cadre réglementaire qui continue d’évoluer. Les principes déjà connus en matière de RGPD, CRM et gestion des données restent un socle, mais l’IA conversationnelle ajoute de nouvelles questions.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu’on nous demande le plus souvent.

L’étude prouve-t-elle que ChatGPT vend trois fois plus qu’une publicité classique ?

Non. Elle montre qu’un chatbot explicitement programmé pour persuader a fait choisir un produit sponsorisé à 61,2 % des participants, contre 22,4 % avec un placement sponsorisé dans une recherche traditionnelle. Il s’agit d’une expérience contrôlée, pas d’un taux de conversion publicitaire réel.

Un chatbot neutre est-il déjà beaucoup plus persuasif qu’une recherche ?

Non. Dans la condition de présentation conversationnelle sans forte instruction persuasive, 26,8 % des participants choisissaient un produit sponsorisé, un niveau beaucoup plus proche des 22,4 % de la recherche classique.

Quels modèles ont été testés par Princeton ?

Les chercheurs ont utilisé GPT-5.2, Claude Opus 4.5, Gemini 3 Pro, DeepSeek v3.2 et Qwen3 235B afin de vérifier que l’effet ne dépendait pas d’un seul fournisseur.

Les publicités ChatGPT influencent-elles actuellement les réponses ?

OpenAI indique que non. Les annonces sont gérées par un système distinct, clairement identifiées et séparées des réponses. Les annonceurs ne peuvent pas payer pour modifier ou classer le contenu de la réponse générée.

ChatGPT Ads est-il disponible en France ?

Oui. OpenAI a annoncé l’extension à 31 marchés européens en août 2026 et l’accès en libre-service via Ads Manager est disponible en France depuis le 31 août 2026.

Pourquoi l’étude reste-t-elle importante si les annonces sont séparées des réponses ?

Parce qu’elle montre le risque structurel qui apparaîtrait si une plateforme fusionnait recommandation et persuasion payante dans la même réponse. Elle fournit donc des données utiles pour concevoir des règles de séparation et de transparence.

Les Français utilisent-ils déjà l’IA pour acheter ?

Oui. L’étude IBM Institute for Business Value et NRF publiée en janvier 2026 indique que 40 % des consommateurs français utilisent des applications d’IA pour les guider dans leurs parcours d’achat.

Florence Salmon
Fondatrice de WY-Créations® — référenceuse senior et développeuse

WY-Créations analyse les évolutions du web, de l’intelligence artificielle, du référencement et des nouveaux parcours d’achat. Cet article a été vérifié et actualisé au 8 septembre 2026. Pour aller plus loin : toutes les actualités web.

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Être visible ne consiste plus seulement à apparaître dans une liste de résultats. Il faut aussi être compris, cité et comparé correctement par les assistants IA.

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