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ROBOTS · DONNÉES PERSONNELLES · JUSTICE

Robots de livraison à Chicago :
deux actions collectives pour collecte biométrique alléguée

Le 9 octobre 2026, deux habitants de Chicago ont déposé des actions collectives devant le tribunal du comté de Cook contre Coco Robotics et Serve Robotics, deux opérateurs de robots de livraison sur trottoir. Ils accusent les robots d’avoir scanné leur visage et leurs mains sans consentement, en violation de la loi biométrique de l’Illinois. Les deux entreprises contestent fermement. Aucune décision n’a été rendue : il s’agit d’allégations, pas de faits établis. Mise à jour : 22 octobre 2026·7 min de lecture·Publié en octobre 2026
Petit robot de livraison autonome circulant sur un trottoir en ville

Ils circulent sur les trottoirs de plusieurs villes américaines, livrent des repas commandés sur DoorDash ou Uber Eats, et sont bardés de caméras et de capteurs pour se repérer. Ces petits robots de livraison sont désormais au cœur d’un contentieux sur la vie privée. Que reprochent exactement les plaignants, que répondent les entreprises, et que doit vérifier une entreprise française qui envisage des robots, des véhicules autonomes ou des capteurs dans ses propres services ?

2actions collectivesdéposées le 9 octobre 2026 dans le comté de Cook
2008loi biométriqueannée d’adoption du Biometric Information Privacy Act de l’Illinois
5 000 $par violationmaximum prévu par cette loi en cas de violation délibérée
0décisionles entreprises contestent, rien n’a été jugé

Que reprochent les plaignants aux robots de livraison ?

D’avoir capturé des données de leur visage et de leurs mains sans les en informer.

Les deux plaignants sont des clients de plateformes de livraison de repas. Le premier a reçu une commande DoorDash livrée par un robot de Coco Robotics en septembre 2025. Le second a reçu plusieurs commandes Uber Eats par des robots de Serve Robotics, la dernière le 4 octobre 2026. Tous deux affirment ne pas avoir choisi la livraison par robot dans l’application.

Selon les plaintes, au moment où ils se sont approchés du robot pour ouvrir le compartiment et récupérer leur repas, les caméras et les capteurs LiDAR de l’appareil auraient enregistré leur visage, leur tête et leurs mains. Dans le cas du robot Coco, un opérateur à distance aurait pu regarder la vidéo en direct.

Les plaignants soutiennent également que ces données auraient été conservées, associées à leur nom et à leur adresse, et partagées avec des tiers, notamment pour entraîner des systèmes d’intelligence artificielle. Ils affirment n’avoir reçu ni information écrite, ni demande de consentement, ni politique de conservation.

Ce sont les arguments des plaignants, tels qu’ils figurent dans leurs actes de procédure. Ils n’ont pas été examinés par un juge.

Que répondent Coco Robotics et Serve Robotics ?

Les deux entreprises nient toute collecte biométrique.

Coco Robotics juge l’action « frivole », selon l’agence AP citée par TechRadar. Un porte-parole affirme que la plainte « comprend fondamentalement mal » sa technologie et que l’entreprise n’a pas collecté de données biométriques à Chicago. Les données partagées seraient uniquement des données de navigation, utilisées pour rendre les trottoirs plus sûrs, en excluant le début et la fin des trajets.

Serve Robotics annonce qu’elle se défendra. Selon son porte-parole, ses caméras et capteurs servent uniquement à la navigation sur le trottoir, et ses robots ne sont pas conçus pour identifier des personnes ni pour créer des profils biométriques.

Les deux entreprises contestent donc à la fois les faits et leur qualification juridique. Le débat porte moins sur la présence de caméras, que personne ne conteste, que sur la nature des données captées et l’usage qui en est fait.

Qu’est-ce que la loi biométrique de l’Illinois ?

L’une des lois les plus strictes des États-Unis sur les données biométriques.

Le Biometric Information Privacy Act, ou BIPA, a été adopté par l’Illinois en 2008. Il encadre la collecte et la conservation des identifiants biométriques, comme la géométrie du visage ou de la main, ou les empreintes digitales.

Avant de collecter ce type de données, une entreprise doit informer la personne par écrit, lui indiquer la finalité et la durée de conservation, et obtenir son consentement écrit. Elle doit aussi disposer d’une politique publique de conservation et de destruction des données.

La loi permet aux particuliers d’agir directement en justice. Les dommages prévus sont de 1 000 dollars par violation par négligence et de 5 000 dollars par violation intentionnelle ou imprudente. C’est ce qui en fait un terrain fréquent d’actions collectives dans l’Illinois.

Que devra trancher la justice ?

Si des images et mesures prises par un robot constituent des identifiants biométriques.

Tous les robots de livraison utilisent des caméras et des capteurs pour se déplacer, éviter les obstacles et livrer. Le fait qu’ils filment leur environnement n’est pas contesté. La question juridique est ailleurs : les données captées au moment de la remise de la commande permettent-elles d’identifier une personne par la géométrie de son visage ou de ses mains, au sens de la loi de l’Illinois ?

Si la réponse est oui, il faudra établir si les obligations d’information et de consentement ont été respectées. Si la réponse est non, les plaintes perdront leur fondement.

Rien n’est tranché à ce stade. Les affaires viennent d’être déposées, et aucune audience ni décision n’a été rapportée. Écrire que « les robots de livraison espionnent leurs clients » reprend le contenu des plaintes ; écrire que deux actions ont été déposées et que les entreprises nient correspond aux faits.

Ce type d’affaire peut-il concerner la France ?

Pas directement, mais les questions posées sont les mêmes.

L’affaire est américaine et repose sur une loi propre à l’Illinois. Elle ne crée aucune obligation en France. Mais en Europe, le RGPD s’applique à toutes les données personnelles, y compris les images captées par des caméras embarquées sur des robots, des véhicules ou des équipements.

Les données biométriques utilisées pour identifier une personne font partie des catégories particulières de données, dont le traitement est en principe interdit, sauf exceptions strictes comme le consentement explicite. Filmer l’espace public avec un appareil mobile suppose aussi d’informer les personnes et de limiter ce qui est conservé.

La CNIL suit de près ces usages, qu’il s’agisse de caméras augmentées, de lunettes connectées ou d’appareils qui filment en continu.

Que doit vérifier une entreprise qui utilise des robots ou des capteurs ?

Ce qui est collecté, ce qui est dit aux clients, et ce qui est conservé.

Les données captées. Un robot, un véhicule autonome ou un équipement doté de caméras et de capteurs collecte des images et des mesures. Il faut savoir lesquelles, si elles sont associées à une personne, et à quelle fin.

L’information des personnes. Clients, passants, salariés : ceux qui sont filmés doivent être informés de façon claire, selon le droit applicable.

La conservation et le partage. Durée, finalité, destinataires. Une réutilisation pour entraîner des systèmes d’IA n’est pas anodine si des personnes sont identifiables.

Le prestataire. Demandez par écrit ce que l’équipement enregistre réellement, où les données sont stockées et quelles garanties sont apportées. Une affirmation commerciale ne suffit pas.

Le choix du client. Dans les plaintes, les plaignants disent ne pas avoir choisi la livraison par robot. Un mode de livraison ou de service automatisé doit être clairement signalé, et idéalement optionnel.

FAQ

Questions fréquentes

Les robots ont-ils vraiment scanné des visages ?

C’est ce qu’affirment les plaignants. Coco Robotics et Serve Robotics le nient. Aucune décision de justice n’a été rendue.

Quelle loi est invoquée ?

Le Biometric Information Privacy Act de l’Illinois, adopté en 2008, qui impose information et consentement écrit avant toute collecte biométrique.

Que risquent les entreprises ?

Si les plaintes aboutissaient, la loi prévoit 1 000 dollars par violation par négligence et 5 000 dollars par violation délibérée. Rien n’est jugé.

Que répondent les entreprises ?

Coco juge la plainte frivole et dit n’avoir collecté aucune donnée biométrique à Chicago. Serve affirme que ses capteurs servent uniquement à la navigation.

Cela concerne-t-il la France ?

Pas directement. Mais en Europe, le RGPD s’applique aux images captées par des robots ou des capteurs, et les données biométriques sont très encadrées.

Que vérifier avant d’utiliser des robots ou des capteurs ?

Les données collectées, l’information des personnes, la durée de conservation, le partage éventuel et les garanties écrites du prestataire.

Florence Salmon
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