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CRYPTO-ACTIFS ET RÉGULATION

Monero et le dark web :
ce que l’Europe interdit à partir de juillet 2027.

L’article 79 du règlement anti-blanchiment vise expressément les monnaies anonymisantes. Il interdit les plateformes, pas la détention sur un portefeuille personnel. Mise à jour : 8 septembre 2026 · 13 min de lecture · Publié en mars 2026
Monero, confidentialité des transactions et encadrement réglementaire européen

Une difficulté traverse tout ce dossier et mérite d’être posée d’emblée : mesurer l’usage illicite d’une monnaie conçue pour être opaque relève de la contradiction dans les termes. Les pourcentages qui circulent reposent sur des cas signalés, pas sur une analyse de la chaîne. Ce qui est en revanche parfaitement daté et documenté, c’est ce que l’Union européenne s’apprête à interdire.

Ce qui distingue Monero

La différence avec les autres crypto-actifs ne tient pas à un réglage optionnel mais à l’architecture même du protocole.

Sur la plupart des chaînes publiques, Bitcoin en tête, chaque transaction est inscrite dans un registre consultable par quiconque. Les adresses ne portent pas de nom, mais elles laissent une piste continue : on voit d’où viennent les fonds, où ils vont, et en quelle quantité. Des sociétés spécialisées se sont construites sur l’analyse de ces pistes, avec des résultats qui ont largement dépassé ce que le grand public imaginait.

Monero dissimule par défaut les trois éléments qui rendent cette analyse possible : l’origine des fonds, leur destination et le montant transféré. Ce n’est pas une option à activer, c’est le fonctionnement normal du réseau. Chaque transaction ressemble aux autres, ce qui prive les outils d’analyse des points d’accroche dont ils ont besoin.

Cette conception n’a rien d’accidentel. Le projet est né en 2014 d’une communauté qui considérait que la transparence intégrale d’un registre public constituait un défaut de conception plutôt qu’une vertu. L’argument développé à l’époque tenait à une propriété que les économistes appellent la fongibilité : une unité de monnaie doit valoir exactement autant qu’une autre. Sur une chaîne transparente, une unité passée par une adresse signalée peut être refusée par une plateforme, ce qui crée de fait des unités de première et de seconde classe. Rendre toutes les transactions indistinguables résout ce problème, et en crée un autre.

Une comparaison éclaire la position réglementaire. Zcash, souvent cité aux côtés de Monero, propose à l’utilisateur de choisir entre des adresses transparentes et des adresses masquées. Cette nuance lui vaut un traitement différent : un actif qui peut être audité conserve une place dans le système régulé, un actif qui ne le peut jamais en est écarté.

Pourquoi le basculement depuis Bitcoin

Le mouvement observé n’a rien d’idéologique. Il répond à une évolution du rapport de force entre les enquêteurs et ceux qu’ils poursuivent.

  • Bitcoin a longtemps été perçu comme anonyme, réputation qui ne correspondait pas à son fonctionnement réel.
  • Les techniques d’analyse de chaîne ont progressé au point de permettre des saisies spectaculaires et des poursuites abouties.
  • Les plateformes régulées appliquent désormais des procédures d’identification qui relient une adresse à une personne dès qu’un actif doit être converti en monnaie classique.
  • La règle du voyage, étendue par l’organisme international de lutte contre le blanchiment, oblige les intermédiaires à transmettre les informations sur l’expéditeur et le destinataire.
  • Une fois ces mécanismes en place, une monnaie transparente devient un handicap pour qui veut rester invisible.

Le déplacement des usages illicites est donc une conséquence logique de l’efficacité des dispositifs de traçage, plus qu’un effet de mode. Il s’inscrit dans un contexte de professionnalisation de la criminalité numérique où les groupes s’adaptent vite, comme le montrent les attaques visant la chaîne d’approvisionnement logicielle ou les exfiltrations massives de données clients.

Le paradoxe mérite d’être noté : c’est la réussite des enquêtes sur Bitcoin qui a créé la demande pour une alternative opaque. Chaque progrès du traçage déplace le problème plutôt qu’il ne le résout.

Les chiffres et leurs limites

Des pourcentages très précis circulent sur la part de Monero dans les paiements illicites. Ils méritent d’être maniés avec une prudence que peu de reprises appliquent.

La difficulté est structurelle. Sur Bitcoin, un analyste peut mesurer les flux transitant par une adresse identifiée comme criminelle, parce que la chaîne est publique. Sur Monero, cette mesure est impossible par construction. Toute statistique sur la part de cette monnaie dans les rançons ou les marchés illicites repose donc sur autre chose : des cas signalés aux autorités, des annonces publiées sur des forums, des saisies documentées, des enquêtes déclaratives.

Ces sources ne sont pas sans valeur, mais elles mesurent la visibilité d’un phénomène plutôt que son ampleur. Un chiffre comme la part des demandes de rançon exprimées dans cette monnaie se fonde sur les incidents rendus publics, or les victimes qui paient discrètement ne figurent dans aucune statistique. Le biais joue dans les deux sens et personne ne sait dans quelle proportion.

La position honnête consiste donc à décrire une tendance sans la quantifier faussement. Les rapports des autorités et des sociétés spécialisées convergent sur un point : cette monnaie occupe une place croissante dans les usages qui cherchent l’invisibilité. Aucune ne peut établir laquelle avec une précision au point de pourcentage, et il faut se méfier de celles qui le prétendent.

Le paradoxe de la liquidité

Un élément contredit le récit d’une bascule totale, et il est rarement mentionné : beaucoup de groupes continuent de réclamer du Bitcoin, alors qu’ils savent parfaitement qu’il est traçable.

La raison tient à la liquidité. Une rançon n’a de valeur que si elle peut être payée, puis convertie. Bitcoin est disponible partout, connu de tous, et une victime pressée trouve immédiatement comment s’en procurer. Monero est délisté d’un nombre croissant de plateformes, ce qui rend son acquisition plus lente et plus complexe, y compris pour celui qui souhaite payer.

Cette contrainte crée un arbitrage constant entre discrétion et praticité. Exiger une monnaie difficile à obtenir réduit le taux de paiement, ce qui va contre l’intérêt de l’attaquant. C’est pourquoi certains groupes proposent les deux options, parfois avec une remise pour celui qui accepte la solution la plus discrète.

Ce paradoxe explique aussi pourquoi la pression réglementaire produit des effets réels, même sans interdiction de détention. En réduisant l’accessibilité d’un actif, on réduit mécaniquement son utilité comme moyen de paiement. C’est exactement la logique qui sous-tend le dispositif européen.

Ce que l’Europe interdit en 2027

Voici le fait le plus concret du dossier, celui qui aura des conséquences pratiques pour tous les détenteurs européens, et il est daté avec précision.

  • Le règlement européen anti-blanchiment s’applique à partir du 10 juillet 2027.
  • Son article 79 interdit aux établissements de crédit, aux institutions financières et aux prestataires de services sur crypto-actifs de maintenir des comptes anonymes.
  • Le texte vise expressément les instruments d’anonymisation, dont les monnaies renforçant l’anonymat.
  • Les plateformes régulées ne pourront donc plus lister ces actifs, ni en assurer l’échange ou la conservation.
  • Son article 80 plafonne par ailleurs à dix mille euros les paiements en espèces à un professionnel dans toute l’Union, chaque État pouvant fixer un seuil inférieur.
  • Une nouvelle autorité européenne, installée à Francfort, supervisera directement les prestataires actifs dans au moins six États membres dès juillet 2027.
  • Les normes techniques détaillées étaient attendues pour l’été 2026, laissant environ un an d’adaptation aux acteurs concernés.

L’efficacité attendue de ce dispositif fait l’objet d’un débat que le texte ne tranche pas. Ses défenseurs soulignent qu’en coupant l’accès aux plateformes régulées, on rend l’actif beaucoup plus difficile à convertir en monnaie utilisable, ce qui réduit son intérêt pratique. Ses critiques répondent que les usages criminels visés n’ont jamais transité par des plateformes régulées, et que la mesure pénalisera surtout des détenteurs ordinaires tout en poussant les autres vers des circuits encore moins observables. Les deux arguments sont recevables, et l’application effective du texte dira lequel l’emporte.

Le retrait a d’ailleurs commencé bien avant l’échéance. Plusieurs grandes plateformes ont procédé à des délistages dès 2025, et un cas documenté de 2024 a vu des avoirs convertis d’office sans que le détenteur ait eu son mot à dire. Le règlement sur les marchés de crypto-actifs avait déjà réduit le nombre de ces actifs disponibles sur les plateformes européennes conformes. La logique est simple : un actif qui ne peut pas être audité ne peut pas être listé par un acteur régulé.

Ces délistages ne relèvent pas d’un choix idéologique. Une plateforme qui vise une licence bancaire ne peut pas proposer un actif dont elle est incapable de tracer les flux sans s’exposer à des sanctions.

Ce que cela change pour un détenteur

Une confusion très répandue mérite d’être levée, car elle inquiète inutilement des personnes qui n’ont rien à se reprocher.

L’interdiction porte sur les intermédiaires, pas sur les particuliers. Conserver ces actifs sur un portefeuille personnel reste légal. Le règlement encadre les plateformes, les banques et les prestataires de services, et leur interdit de proposer des comptes anonymes ou des services liés à ces monnaies. Il ne crée aucune infraction de détention.

Les conséquences pratiques sont néanmoins réelles. Un détenteur européen verra progressivement disparaître les moyens d’acheter, de vendre ou de faire conserver ces actifs par un acteur régulé. Les échéances de retrait fixées par les plateformes se succèdent déjà, et un avoir laissé sur un service qui délistera sans que son propriétaire y prête attention risque une conversion d’office à un cours qu’il n’aura pas choisi.

Le conseil pratique tient donc en peu de mots : surveiller les communications de sa plateforme, respecter les délais annoncés, et anticiper plutôt que subir. Les obligations fiscales restent inchangées, indépendamment du support de conservation, et les mêmes précautions de sécurité s’imposent, notamment face aux techniques de substitution d’adresse décrites dans notre article sur une perte de onze mille euros survenue en quelques secondes.

Ce qu’une entreprise doit en retenir

Une TPE ou une PME n’est concernée par ce dossier que d’une seule manière, mais elle est brutale : celle de la demande de rançon.

  • Ne jamais payer sans avoir consulté un professionnel et déposé plainte. Le paiement ne garantit ni la restitution des données ni l’absence de nouvelle demande.
  • Une demande exprimée dans une monnaie difficile à obtenir vise à créer de la panique et à faire commettre des erreurs. Le temps joue en votre faveur pour vérifier vos sauvegardes.
  • Vérifier immédiatement l’existence de sauvegardes hors ligne, non connectées au réseau, et leur capacité réelle à être restaurées.
  • Notifier l’autorité de protection des données sous soixante-douze heures si des informations personnelles sont concernées, obligation indépendante de toute négociation.
  • Conserver l’intégralité des échanges avec les attaquants : ils constituent des éléments d’enquête.
  • Se rappeler que le paiement d’une rançon peut soulever des questions juridiques propres, notamment au regard des régimes de sanctions internationales.

Le point le plus utile reste préventif. Une sauvegarde déconnectée, testée régulièrement, transforme une demande de rançon en incident coûteux plutôt qu’en catastrophe. C’est l’unique mesure qui rend le rapport de force favorable, et elle ne dépend d’aucune évolution réglementaire. Les compromissions qui préparent ces attaques sont documentées, comme le montrent les fuites massives de comptes recensées en France et l’exposition de millions de fichiers privés par une application populaire.

Une sauvegarde connectée en permanence au réseau est chiffrée en même temps que le reste. Seule une copie physiquement déconnectée, ou stockée sur un support inaltérable, résiste à ce type d’attaque.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu’on nous demande le plus souvent.

Monero sera-t-il illégal en Europe ?

Non, pas au sens de la détention. Le règlement anti-blanchiment interdit aux plateformes, banques et prestataires régulés de proposer ces actifs à partir du 10 juillet 2027. Conserver ces avoirs sur un portefeuille personnel reste légal : le texte encadre les intermédiaires.

Qu’est-ce que l’article 79 ?

La disposition du règlement européen qui interdit aux établissements de crédit, institutions financières et prestataires de services sur crypto-actifs de maintenir des comptes anonymes. Elle vise expressément les instruments d’anonymisation, dont les monnaies renforçant l’anonymat.

Pourquoi Monero est-il difficile à tracer ?

Parce que le protocole dissimule par défaut l’origine des fonds, leur destination et le montant transféré. Ce n’est pas une option à activer mais le fonctionnement normal du réseau, ce qui prive les outils d’analyse des points d’accroche dont ils ont besoin.

Peut-on faire confiance aux pourcentages qui circulent ?

Avec prudence. Mesurer l’usage d’une monnaie conçue pour être opaque est structurellement impossible : ces chiffres reposent sur des cas signalés, des saisies documentées ou des enquêtes déclaratives. Ils mesurent la visibilité d’un phénomène plutôt que son ampleur réelle.

Que faire si ma plateforme annonce un délistage ?

Respecter les délais annoncés et anticiper. Un avoir laissé sur un service qui délistera peut faire l’objet d’une conversion d’office à un cours non choisi, situation déjà documentée en 2024. Surveiller les communications de sa plateforme est le seul moyen de garder la main.

Faut-il payer une demande de rançon ?

Jamais sans avoir consulté un professionnel et déposé plainte. Le paiement ne garantit ni la restitution des données ni l’absence de nouvelle demande, et peut soulever des questions juridiques propres. Vérifier ses sauvegardes déconnectées reste la première démarche.

SOURCES
  1. Règlement européen relatif à la lutte contre le blanchiment de capitaux, articles 79 et 80, applicables à partir du 10 juillet 2027.
  2. Documentation publiée par les organisations professionnelles du secteur sur la portée du texte à l’égard des monnaies renforçant l’anonymat.
  3. Éléments relatifs à la création de l’autorité européenne de lutte contre le blanchiment et à son périmètre de supervision directe.
  4. Communications de plateformes d’échange relatives aux délistages engagés depuis 2025 et aux échéances de retrait fixées aux détenteurs.
  5. Extension de la règle du voyage par l’organisme international de lutte contre le blanchiment et effets du règlement sur les marchés de crypto-actifs.
  6. Documentation technique publique relative au fonctionnement du protocole Monero et à ses différences avec les autres chaînes publiques.
Florence Salmon
Fondatrice de WY-Créations® — référenceuse senior et développeuse

WY-Créations conçoit des sites internet et construit des stratégies de visibilité pour les artisans, les TPE, les PME et les professions libérales depuis 2018. Les dispositions réglementaires citées renvoient aux textes publiés et ne constituent pas un conseil juridique ; les statistiques dont la méthodologie n’est pas vérifiable sont signalées comme telles. Pour aller plus loin : les avis clients ou nous écrire.

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Vos sauvegardes sont-elles déconnectées du réseau ?

Une sauvegarde branchée en permanence est chiffrée en même temps que le reste. Une copie physiquement déconnectée, testée régulièrement, transforme une demande de rançon en incident plutôt qu’en catastrophe.

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