La Chine ouvre des « écoles »
pour entraîner ses robots humanoïdes.
Le terme « école de robots » est employé par les médias chinois eux-mêmes. Il désigne des centres où des humanoïdes répètent des gestes dans des appartements, des magasins et des ateliers reconstitués, sous la conduite d’opérateurs humains. L’objectif n’est pas de leur enseigner quoi que ce soit au sens scolaire, mais de produire à grande échelle ce qui leur manque : des exemples d’interaction avec le monde réel.
De quoi parle-t-on exactement
L’expression est séduisante et mérite d’être précisée, sous peine de faire imaginer une salle de classe.
Il s’agit de centres de collecte de données, d’entraînement et d’évaluation, soutenus par des autorités locales, des centres publics d’innovation et des industriels. Aucun ministère de l’éducation n’intervient. Aucun professeur non plus.
La métaphore reste néanmoins juste sur un point : un robot y répète des gestes, encore et encore, dans des situations qui varient légèrement, jusqu’à ce que le geste devienne fiable.
À quoi ressemble un de ces centres
Le plus documenté se trouve dans le district de Shijingshan, à Pékin. Il occupe plus de dix mille mètres carrés.
Des environnements y sont reconstitués à l’échelle réelle : atelier de fabrication, appartement équipé, espace de service aux personnes âgées, zone logistique, surface commerciale. Une centaine d’humanoïdes y avaient commencé leur entraînement dès octobre 2025.
Les exercices documentés en 2026 sont d’une banalité révélatrice : saisir une clé et l’aligner sur une serrure, ouvrir cette serrure, plier des vêtements, trier des colis, scanner un code-barres, déplacer et emballer des objets, nettoyer, séparer des déchets.
Aucune de ces tâches ne pose de difficulté à un enfant de dix ans. Toutes posent encore des difficultés considérables à un robot. Le contraste est frappant avec les performances de course décrites dans notre article sur les semi-marathons de robots : courir vite est désormais plus simple que plier une chemise.
Comment un robot apprend réellement
Le processus tient en une boucle de six étapes, répétée indéfiniment.
- Un environnement proche du lieu de travail visé est reconstitué.
- Un opérateur humain guide le robot par téléopération, ou réalise lui-même le geste à reproduire.
- Les systèmes enregistrent tout : mouvements, trajectoires, images, informations de perception, actions et résultats.
- Ces enregistrements deviennent des données d’entraînement pour les modèles embarqués.
- Le modèle amélioré est redéployé sur les robots.
- Le robot recommence, et l’on mesure ce qui progresse.
Deux techniques structurent cette boucle. L’apprentissage par imitation consiste à fournir au robot des démonstrations humaines qu’il apprend à reproduire. La capture de mouvement enregistre les gestes avec précision pour les convertir en données exploitables, en particulier pour les mains et les bras.
Le fondateur d’Unitree Robotics expliquait en 2026, lors d’une réunion sur la standardisation du secteur, que les données issues de démonstrations humaines permettent aux robots d’acquérir progressivement des actions de type humain.
Pourquoi la donnée physique est si rare
Voilà le cœur du sujet, et ce qui explique l’ampleur de l’investissement.
Les grands modèles de langage ont pu apprendre sur des quantités colossales de textes et d’images déjà disponibles. Un robot ne peut rien en tirer sur l’essentiel de son métier.
Il lui faut savoir quelle force appliquer pour saisir un objet sans l’écraser, comment orienter sa main, que faire si l’objet glisse, comment se déplacer dans un espace encombré, comment traiter une forme qu’il n’a jamais rencontrée. Cette rareté explique les méthodes de collecte parfois discutables employées ailleurs, comme le fait de filmer des intérieurs pour entraîner des robots.
D’où les chiffres de production de ces centres. Selon un responsable technique de Leju Robotics, un robot génère environ quatre heures de données par jour ; avec une centaine de machines et un échantillonnage toutes les deux minutes, le centre de Shijingshan peut réaliser au moins douze mille tâches de collecte quotidiennes.
Une autre base pékinoise, rattachée au centre d’innovation de la ville pour la robotique humanoïde, entraînait en juin 2026 plus de cent vingt modèles de robots dans plus de trente scénarios couvrant six secteurs : services domestiques, commerce de détail, activités de bureau, production industrielle, applications pharmaceutiques et services de santé. Le jeu de données qu’elle a publié dépassait alors six millions de téléchargements dans le monde.
La chronologie
Shanghai ouvre la première base
Une base d’entraînement pour humanoïdes est mise en service, avec une capacité annoncée de cent robots et plus de dix scénarios d’application.
Une centaine de robots à Pékin
Le centre de Shijingshan accueille son premier contingent d’humanoïdes pour un entraînement systématique.
L’expression apparaît officiellement
Un média d’État emploie le terme « école de robots » pour désigner le centre de Shijingshan, qui reproduit usines, maisons intelligentes et espaces commerciaux.
L’initiative nationale
Les ministères de l’industrie et de la supervision des actifs publics lancent une action spéciale d’entraînement en situation réelle, avec des objectifs chiffrés pour la fin de l’année.
Une seconde base pékinoise
Plus de cent vingt modèles de robots sont entraînés dans plus de trente scénarios, répartis sur six secteurs d’activité.
Hangzhou et Shanghai
Hangzhou annonce une école dédiée aux humanoïdes avec quatre programmes. Shanghai inaugure un centre de démonstration couvrant toute la chaîne, des données au déploiement.
Juin 2026 : le passage à l’échelle nationale
C’est l’élément le plus structurant, et il transforme une initiative locale en politique industrielle.
Le 9 juin 2026, le ministère chinois de l’industrie et des technologies de l’information et la commission de supervision des actifs publics ont lancé conjointement une action spéciale d’entraînement en situation réelle pour les robots humanoïdes et l’intelligence incarnée.
Les objectifs affichés pour la fin 2026 sont une capacité de déploiement de dix mille unités et plus de cent scénarios d’application à forte valeur. Chaque région de niveau provincial doit sélectionner au moins vingt scénarios prioritaires, et chaque grande entreprise publique au moins dix.
Le texte demande la constitution de consortiums associant utilisateurs finaux, fabricants et laboratoires, et encourage explicitement des modèles économiques nouveaux, dont la location de robots à l’usage.
Le ministère reconnaît lui-même les obstacles : algorithmes, performances matérielles, adaptation aux situations imprévues et accumulation de données du monde réel. Cette franchise est notable dans un document d’orientation.
Les chiffres de production
Ils donnent la mesure du phénomène, et ils sont spectaculaires.
Ce rythme s’appuie sur un socle industriel considérable : la Chine exploite environ deux millions de robots industriels en service, soit près de quatre fois et demie le parc du Japon, deuxième marché mondial.
Produire des corps n’a jamais été le problème. Les composants, les moteurs, les réducteurs, les batteries et les capteurs sont disponibles en volume et à bas coût. Le verrou est ailleurs, et c’est précisément pour cela que les centres d’entraînement existent.
| Période | Humanoïdes produits en Chine |
|---|---|
| Année 2025 | Environ 20 000 unités |
| Premier semestre 2026 | Plus de 40 000 unités |
| Prévision année 2026 | Plus de 100 000 unités, soit cinq fois 2025 |
Ce que ces robots ne savent pas encore faire
Les vidéos de robots qui dansent, courent ou boxent circulent beaucoup. Elles ne démontrent pas grand-chose.
Une chorégraphie s’exécute dans un environnement connu, avec une séquence préparée. Travailler huit heures dans un entrepôt suppose de faire face à ce qui n’était pas prévu, ce qui est un problème d’une tout autre nature.
Une enquête publiée fin août 2026 rapportait que les humanoïdes chinois restaient confrontés à des difficultés majeures de dextérité, d’autonomie, d’adaptation, de vitesse et de fiabilité en conditions réelles. Beaucoup dépendent encore de séquences préparées, de téléopération ou d’espaces très structurés.
Les mêmes analyses signalent un risque de surcapacité : multiplication des fabricants, dépendance aux soutiens publics, production progressant plus vite que la demande réelle, baisse des prix et modèles économiques encore incertains.
Pour beaucoup de tâches industrielles, un bras robotique spécialisé reste d’ailleurs plus rapide, plus fiable et bien moins cher qu’un humanoïde généraliste.
Pourquoi la forme humanoïde
La question se pose légitimement, puisque cette forme est de loin la plus difficile à maîtriser.
L’argument principal tient à nos bâtiments. Escaliers, portes, poignées, interrupteurs, outils, étagères, postes de travail : tout est dimensionné pour un corps humain. Un robot de cette forme pourrait théoriquement s’insérer dans l’existant sans le reconstruire.
Le prix à payer est lourd. Un bipède doit gérer un déséquilibre permanent, consomme davantage, coûte plus cher, se contrôle plus difficilement et pose des questions de sécurité que ne pose pas un bras fixé au sol.
Les questions de sécurité et d’acceptation sociale restent entières, comme le montre la réception de certaines démonstrations d’humanoïdes. Un facteur démographique s’ajoute au raisonnement industriel : le vieillissement de la population chinoise et les besoins futurs de main-d’œuvre dans l’industrie, la logistique et les services à la personne figurent parmi les motivations avancées. Cela n’en fait pas pour autant une solution démontrée à ce défi.
La Chine a-t-elle pris la tête ?
La réponse dépend entièrement de ce que l’on mesure, et aucun classement d’ensemble n’est défendable.
Sur la fabrication, la chaîne d’approvisionnement, le coût des composants et la capacité de production, la Chine dispose d’une avance difficile à contester. Elle a par ailleurs mis en place un dispositif de collecte de données que personne d’autre n’a organisé à cette échelle.
Sur les modèles d’intelligence artificielle, le capital disponible et certains laboratoires, d’autres pays conservent des positions solides. L’Europe reste bien placée en recherche, en robotique industrielle spécialisée et sur les questions de sécurité.
Ce qui se joue vraiment n’est pas un classement mais une bascule de méthode : passer de la démonstration à la donnée, du prototype qui impressionne à la machine qui tient une journée de travail.
Ce qu’il faut retenir
- Les « écoles de robots » sont des centres de collecte de données, pas des établissements scolaires.
- Ce qui manque aux humanoïdes n’est pas un corps mais des exemples d’interaction avec le monde réel.
- Une action nationale lancée le 9 juin 2026 vise une capacité de déploiement de dix mille unités d’ici fin 2026.
- La production chinoise passerait d’environ 20 000 humanoïdes en 2025 à plus de 100 000 en 2026.
- Dextérité, adaptation et fiabilité restent les principaux obstacles, et le risque de surcapacité est signalé.
Ce qu’on nous demande le plus souvent.
La Chine a-t-elle réellement ouvert des écoles pour robots ?
Oui, si l’on accepte le terme employé par les médias chinois eux-mêmes. Il s’agit techniquement de centres de collecte de données, d’entraînement et d’évaluation, où des robots répètent des tâches dans des environnements reconstitués. Ce ne sont pas des établissements scolaires.
Où se trouvent ces centres ?
Des installations sont documentées à Pékin, notamment dans le district de Shijingshan, à Shanghai, à Hangzhou et à Wuhan, ainsi que dans le Shandong. Le mouvement s’est étendu à plusieurs provinces entre 2025 et 2026.
Que font les robots dans ces centres ?
Ils répètent des gestes : saisir une clé et l’aligner sur une serrure, plier des vêtements, trier des colis, scanner des codes-barres, emballer, nettoyer. Les scénarios reproduisent des usines, des appartements, des magasins, des bureaux et des espaces de soins.
Qui apprend aux robots ?
Des opérateurs humains, par téléopération et par démonstration. Leurs gestes sont enregistrés, parfois par capture de mouvement, puis transformés en données servant à entraîner les modèles embarqués.
Pourquoi faut-il autant de données ?
Parce qu’un robot doit apprendre à agir dans un monde physique très variable : quelle force appliquer, comment orienter sa main, que faire si un objet glisse. Ces données d’interaction sont bien plus difficiles à produire que les textes et images qui entraînent les IA génératives.
Combien de robots sont entraînés à Pékin ?
Le centre de Shijingshan a documenté un contingent d’une centaine d’humanoïdes. Une autre base pékinoise entraînait en juin 2026 plus de cent vingt modèles différents, dans plus de trente scénarios répartis sur six secteurs.
Les humanoïdes chinois travaillent-ils déjà seuls ?
Rarement, et jamais de façon générale. Beaucoup dépendent encore de séquences préparées, de téléopération ou d’environnements très structurés. La dextérité, l’adaptation et la fiabilité restent les principaux obstacles.
Quel est l’objectif national chinois pour 2026 ?
Une action conjointe des ministères de l’industrie et de la supervision des actifs publics, lancée le 9 juin 2026, vise une capacité de déploiement de dix mille humanoïdes et plus de cent scénarios d’application à forte valeur d’ici la fin de l’année.
Qu’est-ce que l’intelligence incarnée ?
Une approche où l’intelligence artificielle ne se limite plus à un logiciel mais dispose d’un corps, de capteurs et d’actionneurs lui permettant de percevoir le monde physique et d’y agir.
- Xinhua, 29 mars 2026 : emploi du terme « robot school » pour le centre de Shijingshan à Pékin, scénarios industriels, domestiques et commerciaux.
- People’s Daily, 28 avril 2026 : surface du centre, contingent d’une centaine de robots, exercices documentés, quatre heures de données par robot et par jour, estimation d’au moins douze mille tâches de collecte quotidiennes attribuée à Wang Song, directeur technique de Leju Robotics.
- Xinhua, 13 juin 2026 : base d’entraînement du Beijing Innovation Center of Humanoid Robotics, plus de cent vingt modèles, plus de trente scénarios, six secteurs, espace de capture de mouvement, six millions de téléchargements du jeu de données RoboMIND.
- Notice conjointe du ministère de l’industrie et des technologies de l’information et de la commission de supervision des actifs publics, 9 juin 2026 : action spéciale d’entraînement en situation réelle, capacité de déploiement de dix mille unités, plus de cent scénarios, vingt scénarios minimum par région provinciale et dix par grande entreprise publique.
- Ministère de l’industrie et des technologies de l’information, volumes de production d’humanoïdes ; prévision annuelle 2026 rapportée par le Securities Times.
- Gouvernement de Hangzhou et CGTN, 8 juillet 2026 : ouverture d’une école dédiée aux humanoïdes, avec quatre programmes annoncés.
- Gouvernement de Shanghai, janvier 2025 : première base d’entraînement, capacité de cent robots, plus de dix scénarios. China Daily, juillet 2026 : centre de démonstration lancé avec Huawei lors de la conférence mondiale sur l’intelligence artificielle.
- Reuters, enquête du 27 août 2026 sur les limites des humanoïdes chinois : dextérité, autonomie, fiabilité, risque de surcapacité.
- Les objectifs cités relèvent d’annonces gouvernementales et n’engagent que leurs auteurs. Les chiffres évoluent.
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