30 pirates sans scrupule arrêtés : la police frappe fort contre la pédocriminalité en ligne.
Mais l’affaire est encore plus inquiétante qu’elle ne le paraissait.
Le chiffre de 30 arrestations était spectaculaire. Il ne racontait pourtant qu’une partie de l’histoire. Selon Europol, Project COMPASS a permis d’identifier ou de partiellement identifier 179 auteurs et 62 victimes, tandis que quatre victimes ont directement été mises en sécurité. Et à l’été 2026, les autorités ont poursuivi leur offensive contre l’écosystème numérique de The Com.
Project COMPASS : 30 arrestations, mais une opération beaucoup plus vaste
Le 26 février 2026, Europol publie les premiers résultats opérationnels du Project COMPASS, lancé en janvier 2025.
Cette opération rappelle que les risques visant les mineurs ne se limitent pas à une seule plateforme. WY-Créations a déjà consacré des analyses aux effets des réseaux sociaux sur les enfants, aux accusations visant Meta, TikTok et YouTube sur la santé mentale des adolescents et aux mesures de protection renforcées par Instagram. Ici, l’enjeu va encore plus loin puisqu’il touche à l’emprise criminelle, au chantage et à l’exploitation de mineurs.
Le projet est coordonné par le Centre européen de lutte contre le terrorisme d’Europol et rassemble les forces de l’ordre de nombreux États européens ainsi que plusieurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
La page opérationnelle d’Europol, mise à jour le 14 juillet 2026, confirme que COMPASS est toujours en cours. Elle détaille un partenariat qui dépasse l’Union européenne : Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Suisse, Norvège et plusieurs États membres participent aux échanges opérationnels. Le dispositif sert notamment à rapprocher les enquêtes de contre-terrorisme, de criminalité organisée et celles portant sur les contenus d’abus sexuels sur mineurs, lorsque ces dimensions se croisent.
Il faut aussi lire correctement les chiffres publiés. Les 30 arrestations, 179 auteurs identifiés ou partiellement identifiés et 62 victimes identifiées ou partiellement identifiées sont des résultats cumulés auxquels le projet a contribué depuis janvier 2025. Europol ne présente pas ces données comme le bilan d’un unique raid policier réalisé le même jour.
Après un peu plus d’un an d’activité, Europol annonce 30 arrestations, 179 auteurs identifiés ou partiellement identifiés et 62 victimes identifiées ou partiellement identifiées. Quatre victimes ont directement été mises en sécurité.
Ces chiffres corrigent un point important de la première version de cet article : il ne s’agissait pas d’une opération limitée à cinq pays ni de 1 800 victimes recensées. La source officielle d’Europol fait état de 28 pays participant à la coopération et de 62 victimes identifiées ou partiellement identifiées à ce stade.
« The Com » : le terme « pirates » ne suffit pas à décrire ce réseau
Présenter les personnes visées uniquement comme des « hackers » ou des « pirates » est réducteur.
Europol décrit The Com — pour « The Community » — comme un ensemble lâche de groupes en ligne, sans structure centrale unique, au sein duquel se mêlent cybercriminalité, extorsion, violences, exploitation sexuelle de mineurs et formes d’extrémisme nihiliste.
Certains groupes cherchent la notoriété en produisant ou en extorquant des contenus toujours plus violents. Les victimes peuvent être poussées à l’automutilation, à produire des contenus sexuels, à commettre des violences ou à rester sous l’emprise des auteurs par le chantage et la sextorsion.
Europol souligne également que des mineurs peuvent être à la fois victimes, recrues et parfois auteurs manipulés par cet écosystème.
Cette porosité entre victime et auteur est l’un des éléments qui rendent le phénomène difficile à traiter avec les catégories habituelles. Un adolescent peut être approché, humilié ou menacé, puis être incité à produire lui-même des contenus, à harceler une autre personne ou à participer à des actes violents. Cela ne gomme évidemment pas les responsabilités individuelles, mais explique pourquoi Europol classe simultanément COMPASS parmi les opérations visant les menaces contre les mineurs et le terrorisme et l’extrémisme violent.
Des enfants et adolescents poussés jusqu’à l’automutilation, la sextorsion et la violence
C’est l’aspect le plus grave du dossier.
Les groupes liés à The Com ciblent des jeunes dans les espaces numériques qu’ils utilisent quotidiennement. Après une première prise de contact, les auteurs cherchent à déplacer les échanges vers des espaces privés et à installer progressivement une relation d’emprise.
Selon Europol, certaines victimes sont contraintes de produire des contenus d’abus sexuels sur mineurs, de s’automutiler ou de réaliser des actes violents. Le chantage repose ensuite sur les images, les informations personnelles ou la peur de voir les contenus diffusés.
Dans certaines communautés, la violence elle-même devient un instrument de statut : plus un membre produit ou extorque un contenu extrême, plus il peut gagner en reconnaissance au sein du groupe.
On ne parle donc pas seulement de vol de données ou de piratage informatique. Le numérique sert ici de porte d’entrée vers une violence psychologique et parfois physique bien réelle.
Les criminels vont chercher les jeunes là où ils sont déjà : réseaux sociaux, jeux et messageries
L’une des caractéristiques les plus inquiétantes de The Com est l’utilisation d’environnements parfaitement ordinaires.
Europol cite les réseaux sociaux, applications de messagerie, plateformes de jeux en ligne et même certains services de streaming musical parmi les espaces utilisés pour recruter, radicaliser ou exploiter des jeunes.
Le contact initial peut donc se produire dans un environnement que l’enfant considère comme banal et rassurant. Les auteurs utilisent ensuite des codes, des pseudonymes, des symboles ou des références que les adultes peuvent avoir du mal à comprendre.
Le processus peut commencer par des contenus apparemment anodins avant de glisser vers des espaces privés où apparaissent progressivement manipulation, humiliation, demandes de contenus, menaces ou incitations à la violence.
Juillet 2026 : Europol frappe de nouveau l’écosystème The Com
L’affaire ne s’est pas arrêtée avec les annonces de février.
En juin et juillet 2026, Europol organise avec plusieurs pays une nouvelle action visant cette fois les contenus en ligne associés à l’extrémisme violent nihiliste et à l’écosystème The Com.
Neuf pays participent à ces « Referral Action Days ». Les enquêteurs transmettent aux plateformes environ 4 340 URL renvoyant vers des contenus préoccupants afin d’en perturber la diffusion et de dégager de nouvelles pistes d’enquête.
Europol décrit alors plus précisément certains contenus circulant dans ces communautés : automutilation, suicide, violences contre des personnes ou des animaux, contenus d’abus sexuels sur mineurs et propagande extrémiste.
Cette nouvelle opération confirme que Project COMPASS n’était pas un simple « coup de filet » ponctuel. Les autorités cherchent désormais à désorganiser l’écosystème numérique lui-même.
Les « Referral Action Days » ne correspondent pas à 4 340 arrestations ni même à 4 340 comptes supprimés. Le chiffre officiel désigne environ 4 340 URL signalées aux plateformes comme renvoyant vers des contenus liés à l’extrémisme violent nihiliste. L’objectif annoncé est double : limiter la diffusion de propagande et faire émerger de nouvelles pistes d’enquête. Cette nuance est importante, car un signalement d’URL n’équivaut pas automatiquement à un retrait, à une condamnation ou à l’identification d’un auteur.
Pour les parents, les signaux d’alerte ne sont pas toujours ceux que l’on imagine
La difficulté vient du fait qu’un jeune victime d’emprise ne va pas nécessairement annoncer qu’il est menacé.
Une rupture brutale de comportement peut constituer un signal : anxiété après certaines notifications, peur de perdre l’accès à son téléphone, activité nocturne inhabituelle, isolement, multiplication de comptes ou de pseudonymes, arrivée de contacts inconnus, demandes d’argent ou volonté soudaine de cacher l’intégralité de ses échanges.
Des traces d’automutilation ou des références inhabituelles à des communautés violentes doivent évidemment être prises au sérieux.
Mais la réponse ne peut pas reposer uniquement sur la surveillance technique. Europol insiste sur le rôle des parents, éducateurs, professionnels de santé et acteurs de proximité pour identifier les changements de comportement et maintenir un espace dans lequel le jeune peut parler sans craindre d’être immédiatement puni.
Un signe isolé ne prouve pas qu’un enfant est victime de The Com ou d’un réseau criminel. Changer de pseudonyme, jouer tard ou protéger son téléphone peut avoir des explications ordinaires. Ce qui doit alerter est plutôt une combinaison de changements inhabituels, surtout lorsqu’elle s’accompagne de peur, de menaces, de demandes d’argent, d’automutilation, d’isolement ou d’un interlocuteur qui exige le secret. L’objectif n’est donc pas de transformer chaque usage numérique en soupçon, mais de repérer une rupture dans le comportement et de permettre au mineur d’expliquer ce qui se passe.
Que faire lorsqu’un mineur semble victime de chantage ou d’exploitation en ligne ?
La priorité est de ne pas laisser le jeune gérer seul la menace.
- Ne pas céder au chantage et ne pas poursuivre les échanges dans l’espoir de « négocier » avec l’auteur.
- Conserver les éléments utiles : pseudonyme, URL de profil, messages, dates et captures d’écran lorsque cela peut être fait sans repartager de contenu illégal.
- Bloquer et signaler le compte auprès de la plateforme.
- En cas de menace, d’exploitation sexuelle, d’automutilation provoquée ou de danger immédiat, contacter rapidement les services de police ou de gendarmerie compétents.
- Ne jamais redistribuer un contenu sexuel impliquant un mineur, y compris dans le but de demander conseil à son entourage.
Europol précise d’ailleurs que les signalements de crimes doivent être adressés aux autorités policières nationales ou locales, qui peuvent ensuite solliciter Europol lorsqu’une dimension internationale le nécessite.
En France, les démarches dépendent de la situation. Service-Public rappelle qu’un mineur victime ou témoin peut utiliser le tchat de signalement destiné aux cyberviolences, notamment pour la sextorsion, le chantage, les menaces en ligne ou la diffusion de contenus illicites. Le 3018 reste le numéro national d’aide aux jeunes victimes de harcèlement et de violences numériques, accessible gratuitement et anonymement. Les contenus illégaux ou les menaces et incitations à la violence peuvent également être signalés via PHAROS. En cas de danger immédiat, ces dispositifs ne remplacent pas l’appel aux services d’urgence ou aux forces de l’ordre.
Ce qu’il faut retenir de cette opération
- Project COMPASS est coordonné par le Centre européen de lutte contre le terrorisme d’Europol depuis janvier 2025.
- Europol annonçait en février 2026 trente arrestations liées à The Com.
- 179 auteurs et 62 victimes avaient été identifiés ou partiellement identifiés ; quatre victimes avaient directement été mises en sécurité.
- Les forces de l’ordre de 28 pays participaient à la coopération.
- The Com ne se limite pas à la cybercriminalité : exploitation sexuelle de mineurs, sextorsion, automutilation, violence et extrémisme peuvent se mêler dans son écosystème.
- Les recrutements passent notamment par les réseaux sociaux, les messageries et les plateformes de jeux.
- À l’été 2026, une nouvelle action coordonnée par Europol a conduit au signalement d’environ 4 340 URL liées à des contenus d’extrémisme violent nihiliste.
- La menace reste active parce que le réseau est décentralisé et capable de se déplacer rapidement entre différentes plateformes.
Project COMPASS, The Com et la protection des mineurs.
Qui sont les 30 « pirates » arrêtés ?
Il s’agit d’auteurs arrêtés dans le cadre des actions soutenues par Project COMPASS contre l’écosystème The Com. Le terme « pirates » est simplificateur : les faits étudiés dépassent largement le piratage informatique.
Qu’est-ce que The Com ?
The Com, ou « The Community », désigne un écosystème décentralisé de groupes en ligne associés à différentes formes de cybercriminalité, d’exploitation de mineurs, de violences et d’extrémisme nihiliste.
Combien de victimes ont été identifiées ?
Dans son bilan du 26 février 2026, Europol faisait état de 62 victimes identifiées ou partiellement identifiées et de quatre victimes directement mises en sécurité.
Pourquoi parle-t-on également d’extrémisme ?
Europol décrit certaines communautés de The Com comme relevant d’un extrémisme violent nihiliste où la violence peut devenir une fin en soi et un moyen d’acquérir du statut au sein du groupe.
Le réseau a-t-il été démantelé ?
Non. The Com est un écosystème décentralisé. Les opérations de 2026 ont perturbé son activité et permis des arrestations, mais Europol a poursuivi ses actions durant l’été.
Les mineurs sont-ils uniquement des victimes ?
Non. Europol avertit que des jeunes peuvent être ciblés comme victimes, mais également recrutés ou manipulés pour commettre eux-mêmes des actes criminels ou violents.
- Europol — « Project COMPASS: first operational results against The Com network », 26 février 2026.
- Europol — page opérationnelle Project COMPASS, mise à jour le 14 juillet 2026.
- Europol — « Threats against minors ».
- Europol — « Europol-led action against nihilistic violent extremist network The Com », 24 juillet 2026.
- Service-Public.fr — cyberharcèlement, signalement, PHAROS et 3018, vérifié le 7 août 2026.
Article entièrement vérifié et réactualisé le 9 septembre 2026 à partir des données publiées par Europol. Cette version corrige notamment plusieurs chiffres de la précédente rédaction et intègre les nouvelles actions menées contre l’écosystème The Com durant l’été 2026.
Les usages numériques évoluent. Les risques aussi.
Comprendre les mécanismes de manipulation, les plateformes utilisées et les bons réflexes de signalement permet de réagir plus vite lorsqu’une situation devient anormale.