Désinstallez ces 108 extensions Chrome malveillantes
dès maintenant.
La liste complète des 108 noms figure plus bas, telle que publiée par Socket. Trois vérifications suffisent ensuite : retirer les extensions concernées, fermer les sessions Telegram Web depuis l’application mobile, et passer en revue les accès accordés à des applications tierces sur le compte Google.
Ce que Socket a découvert
L’équipe de recherche sur les menaces de Socket, société américaine spécialisée dans la sécurité de la chaîne d’approvisionnement logicielle, a publié son analyse le 13 avril 2026 sous la signature du chercheur Kush Pandya. Elle recense 108 extensions présentes sur le Chrome Web Store officiel.
Les catégories choisies visent des publics différents : clients Telegram en panneau latéral, machines à sous et jeux de casino, modules pour YouTube et TikTok, outil de traduction, utilitaires de page. Chaque extension remplit réellement la fonction annoncée. Un jeu de machine à sous fonctionne, un panneau Telegram affiche bien une interface de discussion. La façade légitime existe, et c’est précisément ce qui rend la campagne efficace.
Le total cumulé avoisine 20 000 installations. Le volume peut sembler modeste au regard de l’audience de Chrome, mais la nature des données visées compense largement ce chiffre. Les extensions liées à Telegram représentent à elles seules environ 3 035 installations.
Cinq éditeurs, un seul opérateur
Les 108 extensions sont publiées sous cinq identités d’éditeur : Yana Project, GameGen, SideGames, Rodeo Games et InterAlt. Cette dispersion vise à limiter les dégâts d’un signalement : le retrait d’un compte ne fait pas tomber l’ensemble du dispositif.
La preuve du lien entre ces cinq comptes ne repose pas sur une intuition. Les 54 extensions qui utilisent l’authentification Google s’appuient sur 56 identifiants clients distincts, tous rattachés à seulement deux projets Google Cloud. Cinq éditeurs affichés, deux projets réels. Le rapprochement est mécanique.
Toutes les extensions communiquent par ailleurs avec un même serveur, hébergé sur un VPS Contabo. Le nom de domaine associé a été enregistré le 30 avril 2022. Un sous-domaine sert de portail de paiement, et chaque victime reçoit un identifiant dans une base de gestion interne : la mécanique décrite est celle d’une plateforme de logiciel malveillant vendu comme service, où l’accès aux identités et aux sessions volées se monnaie.
Les mécanismes en jeu
Le rapport détaille sept comportements distincts, répartis de façon inégale sur les 108 extensions. Une même extension peut en cumuler plusieurs.
- 54 extensions récupèrent l’identité du compte Google lors du premier clic sur le bouton de connexion.
- 45 extensions embarquent une porte dérobée qui interroge le serveur à chaque démarrage du navigateur et ouvre l’adresse renvoyée dans un nouvel onglet.
- 78 extensions écrivent sans filtrage du code HTML fourni par le serveur dans leur propre interface.
- 5 extensions suppriment les en-têtes de sécurité de sites ciblés avant chargement de la page.
- 2 extensions injectent un script dans chaque page visitée par l’utilisateur.
- 1 extension fait transiter toutes les demandes de traduction par le serveur de l’opérateur.
- 1 extension exfiltre la session Telegram Web toutes les quinze secondes, une autre contient le dispositif mais sans code actif.
La porte dérobée mérite un mot. Elle s’exécute au démarrage du navigateur, indépendamment du fait que l’utilisateur ouvre ou non l’extension. Aucune restriction ne limite l’adresse que le serveur peut renvoyer. Dans deux cas, cette fonction apparaît stylistiquement étrangère au reste du fichier, ce qui suggère un ajout postérieur sur une extension rachetée ou reprise.
La suppression des en-têtes de sécurité concerne les modules Telegram, YouTube et TikTok. Elle retire la politique de sécurité du contenu et la protection contre l’encadrement, puis usurpe l’identité du site visé dans les en-têtes de requête.
Ces règles ne relèvent d’aucun usage légitime connu. Pour une équipe de sécurité, leur présence dans une extension constitue à elle seule un signal d’alerte suffisant.
Le principal danger vient souvent des permissions accordées : plus une extension peut lire et modifier de pages, plus son potentiel d’abus est important.
Le point technique à surveillerCe qui a réellement fuité côté Google
C’est le point le plus mal rapporté de cette affaire. De nombreuses reprises ont annoncé un vol de jetons d’authentification Google, laissant entendre que les opérateurs pouvaient lire les messages et les fichiers des victimes. Le rapport dit autre chose.
Le déroulé technique est le suivant. Au premier clic sur le bouton de connexion, l’extension demande un jeton via l’interface d’identité de Chrome. L’utilisateur voit un écran de connexion Google parfaitement standard. L’extension utilise ce jeton localement pour interroger le service d’information utilisateur de Google, récupère le profil, puis transmet au serveur de l’opérateur quatre champs seulement : adresse électronique, nom, adresse de la photo de profil et identifiant de compte.
Socket est explicite : le jeton reste dans le navigateur et ne parvient jamais au serveur. Ce qui fuit est un enregistrement d’identité permanent, pas un accès au compte. La nuance compte, parce qu’elle change entièrement la réaction appropriée. Il n’y a pas de compte Google à récupérer en urgence ; il y a une identité durablement associée à un profil de victime dans une base criminelle.
Cette distinction entre données réellement exfiltrées et accès supposé revient dans presque tous les incidents de grande ampleur. Elle avait déjà été centrale lors des fuites massives de comptes recensées en France, où le volume annoncé et la nature des données concernées ne correspondaient pas toujours.
Le cas Telegram, le plus grave
Une extension se détache nettement des 107 autres : Telegram Multi-account. Elle injecte un script dans les pages de Telegram Web dès leur chargement, extrait l’intégralité du stockage local de la page ainsi que le jeton qui authentifie la session, puis transmet le tout au serveur de l’opérateur.
L’envoi n’est pas ponctuel. Une boucle répète l’opération toutes les quinze secondes, tant que l’onglet reste ouvert. Un signal de présence interroge par ailleurs le serveur toutes les trente secondes, ce qui donne à l’opérateur une vue en temps réel du nombre de sessions disponibles.
La fonction la plus intrusive va dans l’autre sens. L’extension accepte une commande entrante qui efface le stockage local de la victime, y écrit des données de session fournies par l’opérateur, puis recharge Telegram. Le navigateur de la victime bascule alors sur un autre compte, sans qu’elle en soit avertie. Une session volée donne accès aux messages, aux contacts et aux comptes liés, sans mot de passe ni code de double authentification.
La liste des 108 extensions
Liste publiée par Socket, dans l’ordre du rapport. Si l’une de ces extensions figure dans votre navigateur, supprimez-la puis redémarrez Chrome. La vérification vaut aussi pour Edge et les autres navigateurs fondés sur Chromium.
Telegram Multi-account
Web Client for Telegram - Teleside
YouSide - Youtube Sidebar
Web Client for Youtube - SideYou
Web Client for TikTok
Text Translation
Page Locker
Page Auto Refresh
Web Client for Rugby Rush - SideGame
Formula Rush Racing Game
Piggy Prizes - Slot Machine
Slot Arabian
Frogtastic
Black Beard Slot Machine
Indian - Slot Machine
Mahjong Deluxe
Crazy Freekick
Slot Car Racing
Clear Cache Plus
Galactica Delux - Slot Machine
Speed Test for Chrome - WiFi SpeedTest
Game SkySpeedster
Master Chess
Hockey Shootout
Odds Of The Gods - Slot Machine
Billiards Pro
Three Card Poker
Donuts - Slot Machine
Archer - Slot Machine
Rugby Rush
Bingo
Web Client for game Cricket Batter Challenge
Slot Machine Zeus Treasures
Horse Racing
Aztec - Slot Machine
Straight 4
Slot The Gold Pot
American Roulette Royale
Asia Slot
Web Client for game Drive Your Car
Jurassic Giants - Slot Machine
Street Basketball
Tarot Side Panel
Dragon Slayer - Slot Machine
Best Blackjack
Book Of Magic - Slot Machine
Snake - Slot Machine
Dice King - Classic Craps And Roll Game
Slot Ramses
Battleship War
Gold Miner 2
Greyhound Racing - Dog Race Simulator
Hercules: Sports Legend
Flicking Soccer
Voodoo Magic - Slot Machine
Web Client for Hockey Shootout - SideGame
MASTER CHECKERS
Watercraft Rush
Car Rush
Video Poker Deuces Wild
Slot Machine Ultimate Soccer
Christmas Eve - Slot Machine
Columbus Voyage - Slot Machine
High or Low Casino Game
Goalkeeper Challenge
Tropical Beach - Slot Machine
BlackJack 3D
Web Client for game Classic Bowling
Raging Zeus Mines
Classic Backgammon
Slot Machine The Fruits
Baccarat
Mini Golf World
Gold Rush - Slot Machine
Pirat Slot
40 Imperial Crown - Slot Machine
3D Soccer Slot Machine
Premium Horse Racing
Tanks Game
Caribbean Stud Poker
Wild Buffalo - Slot Machine
Aqua - Slot Machine
Game Crypto Merge
Sherwood Forest - Slot Machine
Web Client for game Fatboy Dream
Lone Star Jackpots - Slot Machine
Hidden Kitty Game
Keno
Jokers Bonanza - Slot Machine
Penalty Kicks
Pai Gow Poker
Metal Calculator
Farm - Slot Machine
Rail Maze Puzzle
RED DOG CARD GAME
Coin Miner 2
Black Ninja - Slot Machine
Pyramid Solitaire
Chrome Client for Downhill Ski - SideGame
Slot Machine Mr Chicken
Web Client for French Roulette - SideGame
3D Roulette Casino Game
Slot Machine Space Adventure
Whack 'em All
Video Poker Jacks or Better
Swimming Pro
InterAlt
Gold of Egypt - Slot Machine
Vérifier et nettoyer Chrome
1. Ouvrir le gestionnaire d’extensions
Menu à trois points, puis Extensions et Gérer les extensions. Comparez chaque nom installé avec la liste ci-dessus, sans oublier les extensions désactivées : elles restent présentes.
2. Supprimer, pas désactiver
La désactivation ne retire pas le code du profil et une réactivation accidentelle suffit à relancer la porte dérobée. La suppression est la seule mesure efficace.
3. Fermer les sessions Telegram
Depuis l’application mobile Telegram, ouvrez Paramètres puis Appareils, et mettez fin à toutes les autres sessions. Cette étape invalide une session volée, ce qu’aucun changement de mot de passe ne fait.
4. Révoquer les accès tiers Google
Dans la gestion du compte Google, section des applications tierces disposant d’un accès, retirez toute entrée inconnue ou correspondant à un jeu ou un panneau latéral installé par curiosité.
5. Contrôler les permissions restantes
Passez en revue les extensions autorisées à lire et modifier les données sur tous les sites. Cette permission est la plus large qu’une extension puisse détenir.
6. Prévenir votre équipe
En contexte professionnel, un profil Chrome synchronisé propage les extensions sur tous les postes de la personne concernée. La vérification doit couvrir chaque appareil.
Redémarrez Chrome et vérifiez à nouveau la liste des extensions. Pour les comptes sensibles, contrôlez également les appareils connectés et les connexions récentes.
Un problème devenu structurel
Au moment de la publication du rapport, les 108 extensions étaient toujours disponibles au téléchargement. Socket avait transmis ses demandes de retrait à l’équipe de sécurité du Chrome Web Store et au service de navigation sécurisée de Google. Aucune communication publique de Google sur cette campagne n’a été identifiée depuis, ce qui laisse la vérification côté utilisateur comme seule mesure fiable.
Le rapport relève trois manquements aux règles de la boutique. Chaque fiche affirmait que les données ne sont pas utilisées à des fins étrangères à la fonction annoncée, ce que le code contredit directement. L’usage des données de profil obtenues par authentification Google est encadré par des conditions d’utilisation limitée, incompatibles avec un envoi vers un serveur tiers non déclaré. Enfin, l’injection de bandeaux publicitaires sans mention dans la fiche viole la politique publicitaire.
La campagne s’inscrit dans une série. Socket a documenté en juin 2026 un réseau de 152 extensions générant du faux trafic de recherche depuis 38 comptes éditeurs, puis en août 2026 dix-neuf extensions Chrome et Edge distribuant un videur de portefeuille et des charges de vol d’identifiants, retirées cette fois par Google et Microsoft. La logique rejoint celle des attaques par la chaîne d’approvisionnement logicielle : compromettre un maillon de confiance plutôt que d’attaquer chaque cible.
Ce qui doit alerter avant d’installer
Permissions : un jeu réclamant l’accès à tous les sites.
Connexion : une extension de loisir proposant une authentification Google.
Éditeur : un nom sans historique ni site professionnel identifiable.
Catalogue : des dizaines de publications quasi identiques sous un même compte.
Ce qui ne prouve rien
La présence en boutique : les 108 y étaient publiées.
Les bonnes notes : elles se fabriquent ou s’achètent.
Le fonctionnement apparent : chaque extension faisait ce qu’elle promettait.
L’absence de ralentissement : la collecte se fait en arrière-plan.
Le principe reste identique quel que soit le canal. Une boutique officielle réduit le risque sans l’annuler, comme l’a montré le cas de la fausse application VPN capable de vider un compte bancaire. Et le premier vecteur d’entrée reste le message reçu, comme le rappellent les mesures de Barracuda Networks sur la proportion de courriels malveillants.
Ce qu’on nous demande le plus souvent.
Comment savoir si je suis concerné ?
Ouvrez le gestionnaire d’extensions de Chrome et comparez chaque nom installé avec la liste des 108 publiée par Socket et reprise ci-dessus. Les extensions désactivées comptent aussi : elles restent présentes dans le profil et peuvent être réactivées.
Mon compte Google a-t-il été piraté ?
Non, pas par ce mécanisme. Socket précise que le jeton d’authentification reste dans le navigateur et ne parvient jamais au serveur des attaquants. Ce qui a été transmis pour 54 des extensions, c’est un enregistrement d’identité : adresse électronique, nom, photo de profil et identifiant de compte.
Pourquoi cet identifiant de compte pose-t-il problème ?
Parce qu’il est stable. Il ne change ni au changement de mot de passe, ni au changement d’adresse électronique. Associé au nom et au courriel, il constitue une fiche d’identité durable, revendable, reliée à un profil de victime dans la base de l’opérateur.
Que faire si j’ai utilisé une extension Telegram ?
Ouvrez l’application mobile Telegram, allez dans Paramètres puis Appareils, et mettez fin à toutes les autres sessions. C’est la seule action qui invalide une session déjà volée. Un changement de mot de passe ne suffit pas, une session valide contournant l’authentification.
Que fait la porte dérobée présente dans 45 extensions ?
À chaque démarrage du navigateur, elle transmet l’identifiant de l’extension au serveur de l’opérateur et ouvre dans un nouvel onglet l’adresse que celui-ci renvoie. Aucune restriction ne limite cette adresse. Le mécanisme fonctionne même si l’utilisateur n’ouvre jamais l’extension.
Ces extensions ont-elles été retirées ?
Elles étaient toutes encore disponibles au moment de la publication du rapport, malgré les demandes de retrait adressées par Socket à Google. Aucune communication publique de Google sur cette campagne n’a été identifiée depuis. La vérification manuelle dans le navigateur reste donc nécessaire.
La campagne est-elle vraiment d’origine russe ?
Socket conclut à une opération russophone à partir de commentaires en russe dans le code d’authentification et de vol de session, ainsi que d’adresses de contact partageant une même racine. La société n’attribue toutefois la campagne à aucun groupe identifié.
Edge et les autres navigateurs sont-ils concernés ?
Les extensions Chrome s’installent sur l’ensemble des navigateurs fondés sur Chromium, dont Edge, Brave, Opera et Vivaldi. La vérification doit couvrir chacun d’eux, ainsi que tous les appareils reliés à un profil Chrome synchronisé.
- Socket — 108 Chrome Extensions Linked to Data Exfiltration and Session Theft, rapport de Kush Pandya du 13 avril 2026, liste complète et indicateurs de compromission
- The Hacker News — Synthèse de la campagne et répartition des comportements malveillants
- BleepingComputer — Vérification indépendante de la disponibilité des extensions
- Infosecurity Magazine — Portée de la campagne et demandes de retrait
- Socket — Dix-neuf extensions Chrome et Edge distribuant un videur de portefeuille, août 2026
- Google — Règles du programme Chrome Web Store
- Cybermalveillance.gouv.fr — Assistance et signalement pour les particuliers et les entreprises
WY-Créations analyse les évolutions du web, de la cybersécurité et des usages numériques. Cet article distingue les éléments établis par l’analyse technique de Socket des interprétations qui en ont été faites dans la presse, et ne constitue pas un audit de sécurité. Pour aller plus loin : toutes les actualités web.
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